Avec Divid, Beyond The Styx ne cherche pas à adoucir le réel : le groupe le confronte de plein fouet. Entre critique sociale, réflexion sur l’engagement et vision lucide du monde actuel, cet album s’inscrit dans une démarche artistique aussi frontale que réfléchie.
Dans cette interview, Emile et Adrien reviennent sur la construction de l’album, leur rapport à l’image, aux messages politiques et à la scène live. Entre liberté d’expression, responsabilité artistique et énergie brute, Beyond The Styx affirme une identité forte, à la croisée de la musique et du discours.
Bonjour à tous, on est ici avec Emile et Adrien du groupe Beyond The Styx. Comment allez-vous ?
Emile - Écoute, ça va. On s’amuse.
La journée promo se passe bien ?
Adrien - Ouais, ça va.
Alors, vous êtes là pour parler de votre nouvel album qui sortira le 8 mai, qui s'appelle Divid. Je me questionnais sur la prononciation ?
Emile - Oui, c’est ça. Tu peux dire Divid à la française, “divide” à l’anglaise, on ne sait pas. En fait, chacun interprète.
Adrien - Ce n’est pas qu’on ne sait pas, c’est que chacun fait ce qu’il veut.
Emile - Voilà, chacun fait ce qu’il veut. Il y en a qui disent Epstein, d’autres Epstein. Ben voilà, c’est Divid, et pour ceux qui veulent, c’est “divide”.
(rires)
Adrien - Voilà, comme ça on est dans le vif du sujet direct !! (rires)
Alors du coup, pourquoi le choix de ce titre pour l’album ?
Adrien - C’est arrivé lors d’un brainstorming avec le groupe pendant le studio. Il y avait déjà quelques idées qui avaient émergé, mais tout le monde n’était pas convaincu. Et moi, j’avais envie de parler de la division, c’était cette idée-là qui me parlait. Puis j’ai proposé Divide, avec le “e” du coup. Et Emile a suggéré d’enlever le “e” pour le côté palindrome du mot, et aussi parce que c’était un peu plus incisif visuellement, en termes d’écriture. Voilà, c’est tout ça. On en a discuté, on a voté, et finalement c’est ce nom-là qui a été retenu.
Emile - Ouais, même si notre guitariste voulait qu’on l’appelle David. Mais bon, je ne sais pas pourquoi on n’a pas retenu ça.
Adrien - Voilà, et puis c’est tout. Et puis le chiffre 4 qu’il y a dedans, c’est pour le quatrième album. (rires)
Emile - En fait, on cache des trucs dans les titres d’album depuis le deuxième. Et voilà, avec les chiffres romains, tu peux retrouver le numéro de l’album dans les titres. Je dis ça pour ceux qui voudraient une petite exclu.
C’est très bon à savoir. Alors actuellement, il y a deux titres qui sont déjà disponibles : Dust Off et Never Ending War. Déjà, Dust Off, c’est le premier titre de l’album. Et c’est aussi le premier single que vous avez sorti.
Pourquoi celui-là pour introduire le nouvel album ?
Adrien - Pourquoi celui-là comme single ou comme premier titre de l’album ?
Les deux !
Emile - J’ai appelé Pascal Praud. Je lui ai dit : “Écoute Pascal, je trouve qu’en ce moment en France, l’ambiance est beaucoup trop raciste. Qu’est-ce que tu penses si je sortais un titre justement antifa ?” - “Je pourrais en faire la une de tes news.” Je lui ai dit : “Putain, Pascal, il n’y a pas mieux comme promo.” Il m’a dit : “Écoute, banco, on y va. Tu continues à bien pourrir CNews, et nous on fera notre boulot à côté.”
C’est pourquoi je pense que, déjà, au-delà même de la thématique, il y avait vraiment un coup de cœur artistique.
Adrien - C’est un truc qu’on a vraiment… On s’est dit : ouais, en premier single, c’est cool. Ça nous plaît. Ça représente plutôt bien ce que pourrait être l’album. Et puis, pourquoi en premier titre de l’album ? Alors là, ça a été un méli-mélo. On a mis longtemps à réussir à organiser l’album. Moins que la setlist live, ça c’est encore autre chose. Mais on s’est fixés dessus. On n’est pas encore sûrs à 100 %, mais on s’est fixés dessus.
En fait, on a fait plein de tests avec les pré-prods, pour voir comment les morceaux pouvaient s’enchaîner. Comme on a changé des choses pendant le studio, les enchaînements ne fonctionnaient plus. Bref, ça a été assez long.
C’est moi qui ai apporté cette idée-là. Mais c’est très personnel. Moi, j’aime les albums où tu mets la première piste, et bam, tu prends directement un morceau dans la tête. J’aime ça. C’est totalement subjectif. Et en écoutant tous les morceaux, je me suis dit que Dust Off fonctionnait comme ça. Mais à la base, c’était déjà un feat, et Emile disait que c’était bizarre de commencer un album avec un featuring.
Et je l’ai convaincu avec un seul argument : je lui ai cité le meilleur album de The Acacia Strain, qui est Wormwood. Et je lui ai dit que ça commence avec un feat, avec Jamey Jasta. Et là, il m’a dit : “Ah bah tu m’as totalement convaincu.” (rires)
Emile - C’est un de mes albums préférés. C’est vrai que je n’y avais pas pensé.
Adrien - Et au final, tout le monde était d’accord dans le groupe pour dire que commencer avec un feat, en premier titre, c’est assez accrocheur musicalement. Et voilà, c’est parti.
Le deuxième single, c’est Never Ending War. On a eu un clip qui est quand même très percutant, très parlant visuellement, qui s’accorde très bien aux paroles. Pour vous, quelle est l’importance de l’aspect cinématographique avec la musique aujourd’hui ?
Emile - Indispensable. Malheureusement, je dirais. Parce que je pense qu’il y a trop de bons groupes qui passent à la trappe. Même dans certains genres musicaux, je pense qu’on se fie moins à l’image. Mais à l’heure actuelle, l’image, c’est ta carte de visite. Donc si tu as un mauvais clip, en gros, tu es un mauvais groupe. Alors que franchement, si tu as une sale gueule, tu n’es pas un mauvais musicien pour autant. Et c’est terrible, mais c’est le monde dans lequel on vit. Et nous, on a abordé cette question-là en étant bien entourés, et sous un prisme peut-être moins frontal que nos prochains singles. C’est vrai que Never Ending War, à proprement parler, on ne retrouve pas forcément la thématique explicite du sujet dans le clip. Même si la question de la guerre est quelque chose de plus… diffus, peut-être, plus confus. On ne peut pas se limiter à la guerre avec des images. On fait tous les jours la guerre contre soi-même, contre tout un tas de choses. Voilà.
Super. Vous êtes justement très engagés, c’est même une part de votre identité. Pour vous, quelle est aujourd’hui la place de la culture, de l’art, de la musique, dans le fait de transmettre un message et peut-être d’améliorer les choses ?
Emile - Moi, c’est toujours le même discours. Je pense que l’art est un contre-pouvoir, ou en tout cas était un contre-pouvoir. Je pense qu’il y a l’art, et il y a l’art mainstream, et que dès lors que ça fonctionne -ou en tout cas dès qu’on commence à fonctionner- le système capitaliste veut que ça fonctionne encore plus. Et donc, on doit taire certaines zones sensibles, certains sujets.
En tout cas, pour moi, je reste persuadé que c’est le meilleur contre-pouvoir qui soit. J’ai toujours dit qu’il n’y a pas de révolution sans femmes et sans musique. On a des femmes, à nous maintenant de remettre un petit peu plus de musique, peut-être pour faire péter certains barrages qui tendent à perdurer malgré les années. Mais ça demande aussi de se cultiver à côté, parce que c’est au gré des lectures, des visionnages, des rencontres, que j’ai pu progressivement asseoir un discours militant, assumé, conscientisé, et sans volonté moralisatrice. C’est ma pensée.
Adrien - J’ai une petite nuance par rapport à ça. Un art qui se veut engagé, quel qu’il soit, peut l’être parce qu’il a cette liberté de pouvoir le faire. Et il est important de ne pas se réprimer ou de s’interdire de le faire si on a envie d’être engagé. Pour autant -et je tiens à le souligner, puisque je suis enseignant- c’est une élève qui m’a apporté cette réflexion en me disant : “J’ai l’impression qu’aujourd’hui, tout art contemporain du XXIe siècle, pour être valable ou reconnu, doit forcément porter un message engagé, et que l’art pour l’art perd parfois son esthétisme au profit du message. Et moi, ça me fatigue d’être toujours confrontée à ça : il y aurait l’art engagé, et le reste.” Et je pense qu’il ne faut pas considérer que l’art n’est là que pour être engagé, tout le temps.
On a aussi le droit d’avoir un art sans message, pour la beauté, ou pour le questionnement, sans que ce soit forcément engagé, ça peut simplement être une réflexion. Mais pour autant, on a cette possibilité de s’exprimer. Donc s’il y a des choses qui nous énervent, des choses avec lesquelles on n’est pas d’accord, il faut le dire. Il ne faut pas se cacher derrière : “Non, je ne vais pas le dire parce que je ne serai plus invité sur tel plateau”, ou “il faut que je reste politiquement correct”.
Emile - Je ne veux pas devenir Blanche Gardin.
Adrien - Voilà, c’est ça. Si tu as envie de le dire, dis-le, parce que tu as la possibilité de le faire. Il y a beaucoup de personnes qui n’ont pas cette possibilité de s’exprimer, soit à cause de contraintes extérieures, soit parce qu’elles se mettent elles-mêmes des barrières. Donc il faut pouvoir le faire. Et clairement, l’art est un vecteur d’engagement politique, justement parce qu’on a cette liberté. Ça a toujours existé : même quand c’était enrobé pour plaire à une royauté, il y avait toujours l’artiste qui se moquait du roi, qui détournait les choses. Donc il faut en profiter. On peut le faire. Aujourd’hui, en France, on ne risque pas de mourir parce qu’on exprime un désaccord politique… normalement.
Emile - Tu peux mourir artistiquement, par contre.
Adrien - Oui, voilà. Mais tu ne risques pas la peine de mort pour ça.
Emile - Non, mais tu peux te faire dégager d’une radio.
Je voudrais revenir une seconde sur les featurings. Tu as parlé du premier : est-ce que tu peux nous parler du deuxième, sur Flowerviolence ?
Emile - C’est une chanson qui parle davantage, je dirais, de notre bienveillance à l’égard de notre Terre-Mère. Et donc, il me paraissait important, sur cette chanson, idéalement, de trouver une femme avec qui la partager : Delphine, qui est chanteuse.
Elle faisait partie du premier groupe de hardcore tourangeau que j’ai vu jouer, un groupe qui n’existe plus aujourd’hui, 100% féminin, à une époque où, je pense, la question des femmes ne se posait malheureusement pas vraiment dans la musique, mais elles existaient. En tout cas, elles avaient le mérite d’exister. Le groupe s’appelait Sisterhood Issues, pour les nommer.
Et donc, je lui ai proposé -parce que bon, c’est bien marrant de faire des karaokés ensemble- mais je lui ai proposé plus sérieusement de participer à cette chanson. Ce n’est pas une blague, le karaoké. Je lui ai vraiment proposé sérieusement, et elle a accepté, très spontanément. Et donc, c’est un véritable plaisir d’avoir pu réaliser ça à ses côtés, qui plus est sur une thématique qui nous parle à tous les deux. Parce que, concrètement, je suis travailleur social, et Delphine l’est également. Donc la question de l’écologie, et je dirais notre place à travers celle-ci -ainsi que celle des publics, des usagers que nous accompagnons- nous concerne directement et indirectement. Donc, d’autant plus un plaisir d’avoir pu faire ça avec elle.
Et pour vous, comment est-ce que ces deux featurings ont influencé l’album ?
Emile - Alors… je ne sais pas si… Oui, ils influencent forcément l’album, puisqu’ils sont présents et que ce sont des membres additionnels du groupe. Et cet album, de fait, ils vont peut-être influencer… peut-être… l’auditeur d’une manière ou d’une autre. Mais…
Adrien - Je dirais qu’ils influencent surtout les morceaux, plutôt que l’album dans son ensemble. Si on les enlevait, les morceaux seraient vraiment différents, ils n’auraient pas du tout la même couleur. Enfin, il y aurait plein de choses qui ne se passeraient pas pareil. Si c’était Emile qui avait tout chanté sur Flowerviolence, ou qui avait écrit d’autres paroles sur Dust Off -parce que c’est Okan qui a écrit ses paroles sur Dust Off- il n’aurait forcément pas dit la même chose, et il n’aurait pas placé sa voix aux mêmes endroits. Donc les morceaux auraient une teinte différente. Mais je ne pense pas que ça influence l’album dans sa globalité. Et ça leur apporte un petit truc en plus, un partage supplémentaire. On parlait de valeurs humanistes et tout ça - ça en fait partie, les relations entre les êtres humains. Moi, je le vois comme ça.
C’est votre quatrième album. Quelle est la principale évolution que vous ressentez au fil des albums ?
Emile - En fait, tout à l’heure, on parlait de nos influences et tout ça. Je trouve qu’il y a des choses qui ont été assez spontanées dans cet album. On a appris à se faire confiance aussi. Donc David a ramené des riffs, et on a pu se dire oui ou non, mais c’était vraiment une question de goût. Ce n’était pas une question de “cet album doit être plus dans une esthétique death metal” ou “plus dans une esthétique black”. C’était plus… je trouve qu’à ce niveau-là, on n’a pas fait un album où on s’est dit : “il faudrait plus de ci, il faudrait moins de ça.” On l’avait déjà un peu moins fait avec Sentences, mais là encore moins.
Je trouve que c’est un album qui, pour plein de raisons, a coulé de source ; aussi parce qu’on était limités par le temps. Mais ce que j’ai vraiment bien aimé, c’est le lien qui s’est créé entre nous, autour du riffing de David, et aussi tout le travail autour de l’ego. C’est un sujet dont on ne parle pas beaucoup, mais un groupe, c’est des egos. Et le fait d’accepter : “non, ça, on ne va pas l’utiliser”, ou “on ne va pas l’utiliser comme ça”… Moi le premier.
Il y a des morceaux dont on a gardé que 20% par rapport à ce qu’on avait préparé avant le studio, et qui n’ont pas été enregistrés de cette manière-là. Il y a même des parties de mes textes qu’on a mises à la poubelle. Et ça, honnêtement, il y a quelques années, je ne pense pas que ça aurait été possible, enfin, pas aussi facilement. Même si, dans l’intérêt du groupe, je l’aurais fait, mais l’ego, c’est quelque chose sur lequel tout le monde travaille. Et c’est quelque chose qui, pour moi, est vraiment important.
Adrien - Oui, je suis entièrement d’accord. Et moi, je rajouterais aussi qu’il y a un style qui s’est affirmé avec le temps. On est de plus en plus à l’aise avec ce qu’on joue, ce qu’on a envie de composer, ce qu’on a envie de proposer. Un groupe, forcément -et j’espère que c’est le cas pour tous les groupes- ça se cherche, ça essaye des choses. Il y a des albums où on peut plus se planter que d’autres, ça dépend des goûts. Il y en a qui diront “moi, je préfère celui-ci”, d’autres “moi, je préfère celui-là”. Et heureusement qu’on n’a pas tous les mêmes goûts, sinon ce serait chiant. Il y aurait trop de monde à un concert et personne à un autre. Je ne sais pas si ce n’est pas déjà le cas d’ailleurs. Mais pour Beyond The Styx, il y a aussi ça : quelque chose qui s’est affirmé.
Est-ce que c’est un album que vous avez pensé pour le live, ou est-ce que vous travaillez déjà sur des adaptations pour les concerts à venir ?
Adrien - Tous nos albums sont pensés pour le live. On a toujours composé -enfin, pas au tout début, comme je te disais- mais l’expérience du live nous a amenés à vouloir tel type de morceau, tel type de riff, tel type de ressenti. Souvent, on se pose la question pendant la composition : “ça, en live, ça va être mou ? ça va être chiant ? est-ce qu’on a vraiment envie de ça ? ou est-ce qu’on ne pourrait pas essayer autre chose ?” Il y a toujours cette réflexion autour du live qui accompagne la composition, avec une recherche d’efficacité.
Emile - Finalement, on a déjà réadapté quelques petits arrangements pour le live, sur certains morceaux. Parce qu’il y a des questions de dynamique, il faut qu’on fasse vivre les titres les uns avec les autres. Donc il y a forcément des micro-ajustements. Pas forcément dans les morceaux en eux-mêmes. Si tu prends Kiss of the Cobra, ou l’intro de Chaos System, il y a des choses qu’on rajoute.
Adrien - Ce n’est pas dans les morceaux en tant que tels.
Emile - Non, ce sont des éléments qu’on ajoute autour. Des choses périphériques.
Adrien - En fait, on ne compose pas un album de studio, mais un album fait pour être joué en live. Si tu fais des morceaux uniquement parce que tu les imagines dans ton salon, ça n’aura pas le même rendu que si tu les composes en te disant : “j’ai envie de les jouer, j’ai envie de les défendre, j’ai envie de les partager.” Ce qu’on produit sur nos albums, c’est ce qu’on produit en live. On ne joue pas au clic, donc on ne sera pas toujours exactement au même tempo. Mais justement, c’est vivant.
Vous avez d’ailleurs bientôt une date. J’ai vu une “célébration” le 9 mai au Nouvel Atrium.
Adrien - T’as vu le mot “célébration” ?
(rires)
C’est le mot qui m’a été communiqué, oui ! Une célébration de la sortie de l’album. À quoi peut-on s’attendre pour cette release party ?
Adrien - Des morceaux de Divid ?
Emile - Déjà, pas mal de copains réunis. C’est presque un festival. On ne va pas se mentir : cinq groupes, si on se compte dedans, ça va être assez exceptionnel. Et puis, un accouchement. Parce qu’en vérité, on n’aura jamais joué l’album… ou peut-être une fois, un morceau qu’on avait testé en live. Mais seuls les aficionados, les fans vraiment attentifs, sauront le reconnaître.
Adrien - Et encore, il a changé.
Emile - Oui, c’était la version démo qui avait été jouée. Sinon, là, on va pouvoir présenter des choses nouvelles.
Est-ce que vous avez un message pour les gens qui vous écoutent ?
Adrien - Non.
(rires)
Emile - Bien sûr qu’on a des messages pour les gens qui nous écoutent. Moi, c’est toujours le même message que je donne -désolé pour ceux qui m’ont déjà entendu- mais c’est simplement inviter encore et encore les gens à soutenir leur scène locale, voire un peu plus lointaine, mais avant tout locale. Parce que sans culture locale, on se retrouve avec des déserts culturels qui prennent de la place. Et je crois qu’il n’y a rien de pire qu’un désert culturel.
On a tous des petits groupes qui pourront peut-être devenir un jour des groupes moyens, voire très gros groupes. On est bien placés pour savoir que le terreau culturel ne se trouve pas qu’en région parisienne. Désolé, mais Gojira n’est pas né à Paris. Comme quoi, même quand tu viens du fin fond des Landes, tu peux devenir l’un des plus gros groupes européens -voire mondiaux- de metal moderne. Donc à ce niveau-là, j’invite vraiment les gens à croire en leur localité, à croire en leurs capacités, à oser essayer, et à rester attentifs et bienveillants envers les autres. Parce qu’on a tous besoin d’amour.
Adrien - Et le soutien au local, ce n’est pas juste un slogan sur un t-shirt. (rires) Non mais vraiment, c’est comme ça que ça fonctionne. S’il y a des assos qui galèrent aujourd’hui ou qui ont disparu, c’est parce qu’il y a eu moins de monde pour y aller. Et à l’inverse, s’il y a des assos qui continuent à proposer des choses cool, accessibles, parfois même en prix libre…
Emile - Comme notre release party.
Adrien - Voilà, exactement. C’est important d’avoir ces lieux, ces assos.
Emile - Disons qu’il faut suivre son cœur, et sans vouloir moraliser, à un moment donné, il ne faut pas toujours remettre à demain ce qu’on peut faire aujourd’hui. Chacun soutient à sa manière, selon ses moyens, selon ses disponibilités, mais il ne faut pas oublier d’où on vient. Moi, je vois tellement de “papas du hardcore” qui disent : “je ne peux pas, j’ai barbecue, j’ai foot…” Ok, mais tu portes toujours les t-shirts. C’est un peu dommage parce qu’en réalité, à part sur certains gros festivals -et encore- on te voit plus. Et c’est dommage.
Adrien - Parce que c’est aussi une musique de live. Le metal, c’est…
Emile - Lourd !
(rires)
Adrien - Il peut y avoir un côté intellectuel, évidemment, et je ne hiérarchise pas. Mais la scène metal, c’est surtout une scène de partage, de live, de ressenti, de puissance sonore. Tout ça, tu ne peux le vivre que dans une salle de concert. Que tu sois au premier rang ou au fond, ça n’a pas d’importance. Il y a une vibration qui existe là-bas que tu ne retrouves pas ailleurs. Tu peux mettre le son à fond chez toi, ce ne sera jamais pareil.
Emile - Il se passe quelque chose d’unique, d’authentique. Même mes parents, qui ne sont pas fans de musique extrême, j’ai réussi à les faire venir en festival.
Adrien - On a plein d’exemples de gens qui nous disent : “je n’écoute pas chez moi, mais je vous ai vus en live et j’ai aimé le moment.” Et ça prouve bien que le live peut vraiment faire quelque chose.
Emile - Que ça a son importance.
Je vous remercie pour le temps accordé aujourd’hui.
Emile & Adrien - Merci à toi !

