À l'occasion de la sortie de All Fired Up, les Burning Heads reviennent avec un album à la fois fidèle à leur identité et particulièrement ancré dans leur époque. Entre l'urgence de S.O.S. 2, les influences punk, hardcore et reggae, une volonté de retrouver une certaine rudesse et les presque 40 ans d'histoire du groupe, Fra et JB nous racontent la création de ce nouveau disque, son univers visuel et leur regard sur la scène punk-rock française actuelle.
De la composition à la pochette signée Karl Beley, en passant par les choix de production et la release party prévue à La Maroquinerie, les deux musiciens reviennent sur un album qui, malgré les coïncidences avec leur histoire, n'a pas été pensé comme un bilan. Un disque qui regarde autant autour de lui que derrière lui.
Bonjour tout le monde, on se retrouve aujourd'hui avec Burning Heads pour la sortie de leur nouvel album All Fired Up. Comment allez-vous et comment vous vous sentez avec la sortie de l'album aujourd'hui ?
Fra — Excité.
JB — Très bien, complètement excité, bien en forme, prêt à aller sur scène pour jouer tout ça !
L'album s'appelle All Fired Up, mais même si certains titres y font écho, il n’y a pas de titre éponyme. Je me demandais donc quel était le choix derrière le titre de l'album.
Fra — All Fired Up, c'est “tout feu, tout flamme”. Donc, c'est à la fois justement l'excitation d'être encore là et de sortir un album qu’on a pris beaucoup de plaisir à composer, à enregistrer, à en choisir le visuel, à en écrire les paroles, tout ça. Donc, un peu excité, hyper content.
Et puis, d'un autre côté, “tout feu, tout flamme”, aussi parce qu'on est au taquet de l'actualité. On sort un peu les crocs et ça nous touche de savoir que c'est toujours le bordel et que les choses ne s'arrangent pas.
Le premier extrait auquel on a eu droit, c'était S.O.S. 2, qui faisait écho au premier titre sorti il y a à peu près 27 ans. Alors, pour vous, quelle était l'importance d'en faire une deuxième partie ?
Fra — Quand Mikiss a créé ce riff de guitare et ses enchaînements d'accords, tout de suite, en une fraction de seconde, m'est apparu le gimmick de la voix. Et avec le gimmick se sont aussi imprimées dans ma tête les paroles. Et tout d'un coup, au bout d'un moment, je me suis dit : « Mais Same Old Shit, ça fait S.O.S., comme Same Old Song de Escape. » Et du coup, sachant que le sujet est malheureusement le même, il y a 27 ans, il y a eu une chanson qui a été faite et qui est toujours d'actualité aujourd'hui, je me suis dit que ça pouvait être intéressant de faire S.O.S. 2.
Puis ça fait aussi un clin d'œil à l'historique du groupe et ça fait que, même si je n'étais pas dans le groupe à l'époque, ce que Pierre a écrit il y a 27 ans est toujours d'actualité, et donc j'y fais référence aujourd'hui.
JB — Si tu n'étais pas dans le groupe, tu faisais aussi déjà référence à S.O.S. . Tu te ressentais complètement dans ses paroles aussi à l'époque.
Fra — Tout à fait, carrément.
JB — On connaît Fra depuis très, très longtemps aussi, c'est pas quelqu'un qui arrive comme ça. Il y a dix ans dans le groupe, mais je le connais depuis déjà presque 40 ans.
Oui, ce n'est pas quelqu'un que vous êtes partis chercher ici ou là, c'était un choix fait parce que c'était déjà quelqu'un de votre entourage.
JB — Ce n'est pas un entourage vraiment proche. On est séparés de toute façon géographiquement, mais musicalement, c'était oui, un entourage proche. Il a joué dans un groupe qui s'appelle RAVI, avec qui on avait fait pas mal de concerts.
Pierre, à l'époque, commençait à enregistrer des groupes. Il a enregistré un album pour RAVI, il y avait déjà des connexions qui se faisaient avant que Fra n'intègre le groupe.
Fra — C'est une vieille histoire.
Pour revenir sur S.O.S. 2, ça a été le premier extrait de l'album à être sorti, mais c'est aussi le premier morceau de la tracklist. Je me demandais si c'était intentionnel ou si c'était une coïncidence.
Fra — J'ai proposé que ça commence par ce morceau-là, parce qu'il est assez évident, assez catchy, assez direct. Tout le monde était OK avec ça.
Dans les groupes, il faut faire un album, et l'album est à peine fini qu'on nous demande déjà de choisir un single. C'est hyper compliqué, il n'y a rien. Je pense que les plus mal placés pour choisir un single, c'est bien le groupe qui sort du studio, qui vient de le faire.
Pour être objectif là-dessus, c'est hyper dur. On a fait confiance à l'avis de notre manager, qui, lui, avait pris de la hauteur, et il a trouvé que S.O.S. 2 pouvait être un bon premier single.
JB — Pour les mêmes raisons, on l'a mis au début de l'album.
Le clip de S.O.S. 2 a d'ailleurs été tourné à l'Astrolabe d'Orléans. Est-ce qu'il y avait une raison particulière pour que ce soit là-bas ? Est-ce que ça fait écho à l'anniversaire des 40 ans qui arrive l'an prochain ?
JB — L'Astrolabe, c'est Orléans. On est passés là-bas régulièrement et on a pas mal d'attaches. J'y travaille régulièrement aussi. Ils étaient tout à fait d'accord pour nous prêter la salle pour qu'on puisse enregistrer un clip.
On avait l'idée du clip. Le réalisateur avait l'idée du clip. On voulait faire un clip live, ou un full live avec tout le groupe. Il nous fallait forcément un endroit pour pouvoir le faire. Et l'Astrolabe s'y prêtait tout à fait bien. C'est très bien qu'on soit là-haut. Ça représente aussi Orléans.
Fra — Ça a du sens dans l'histoire du groupe. Comme souvent dans les Burning Heads, c'est aussi une question humaine. Les gens qui travaillent là-bas sont quand même des proches. Tout ça fait sens.
Par rapport au thème de l'album, on passe par plusieurs choses. Tu parlais de S.O.S. 2. Il y a eu aussi Smombies, etc. Il y a plusieurs thèmes mais qui sont toujours très intéressants, très impactants. Comment vous choisissez les thèmes avant de vous lancer dans la production, dans le studio ?
Fra — Il n'y a pas vraiment de choix. J'ai envie de dire que les textes arrivent les uns après les autres, au fur et à mesure que les morceaux prennent corps. C'est souvent la musique qui influence les textes.
Même si quelques bribes de textes peuvent exister avant que le morceau instrumental existe, le choix, c'est de mettre ces mots-là plutôt sur ce morceau-là que sur celui-là. Mais il n'y a pas réellement de thème. En tout cas, il n'y a pas vraiment de concept d'album réfléchi, pensé en amont, tout ça.
On va dire que j'ai en charge, en tant que chanteur, de penser un peu sur la globalité, sur tout ça. Mais je n'ai pas un concept dans ma tête.
L'actualité, c'est la même, donc forcément ça nous influence. Mais notre actualité perso aussi, nos vies perso. Il y a des chansons qui sont très revendicatives politiquement parlant, il y en a d'autres qui sont plutôt une observation de la vie en général, de ce qu'on peut vivre. Et puis, il y en a d'autres qui sont hyper perso, des chansons d'amour. Mais on ne va pas réinventer le rock'n'roll.
Après cette carrière de bientôt 40 ans du groupe, quelle vision avez-vous de la scène punk-rock française aujourd'hui ?
JB — J'ai l'impression qu'elle se revitalise pas mal ces derniers temps. J'avais peut-être ressenti un petit sursaut avant le Covid, donc ça remonte un peu. Mais forcément, avec le Covid, ça s'est bien cassé la gueule.
Mais derrière, je pense qu’il y a quand même eu un regain. Il y a pas mal de groupes, je pense à des groupes comme Krav Boca ou autres… Un peu plus jeunes, de Bordeaux, Violent Sadie Mode, il y a des groupes comme ça, plein de crocs, qui émergent, qui grossissent vraiment, qui apportent une touche de vitalité nouvelle dans la scène, qui fédèrent pas mal de gens autour d'eux aussi.
Je pense qu'il y a des mouvements de la jeunesse qui adhèrent pas mal à ce type de musique, et qui commencent à arriver, et qu'on commence à voir un petit peu dans nos concerts, peut-être moins que dans d'autres, mais je pense qu'il y a un regain, peut-être un renouveau pour le punk-rock en tout cas.
Fra — En tout cas, la musique à guitare, c'est pas fini.
Très bien ! Après, je parle de punk-rock, mais c'est vrai que vous avez pas mal d'influences, même au sein de l'album. Sur le dernier titre, on retrouve même une ambiance un peu plus reggae. Pourquoi avoir choisi ce titre-là pour lui donner ces couleurs-là ?
Fra — Déjà, il y a pratiquement un reggae sur tous les albums de Burning Heads, c'est un peu l'exercice obligatoire. Ce titre parle de sortir un peu, c'est aussi pour ça qu'il est un peu en dernier : c'est qu'on prend un peu de hauteur sur l'actualité, sur la morosité ambiante, on fuit un peu tout ça, en s'aidant bien sûr, a priori, de substances illicites.
Il y a du bon temps à passer, effectivement, en essayant d'éteindre la télé, d'éteindre Internet et de se recentrer sur soi-même. Ça parle un peu de ça. Autant dire que c'est aussi un thème qui est souvent utilisé dans le reggae.
JB — Notre musique, je la classifie un peu comme punk, hardcore, reggae. Un mélange, un croisement de ces trois styles. Je pense que c'est ce qu'on retrouve dans l'album.
Je suis plutôt d'accord. J'ai l'impression que cet album réunit des influences que vous avez eues pendant votre parcours; l'Astrolabe d'Orléans, S.O.S. 2…
J'ai l'impression que ça réunit un petit peu des choses de la carrière du groupe. Est-ce que c'était intentionnel à l'approche des 40 ans du groupe, ou est-ce que c'était plus une coïncidence ?
JB — Je ne pense pas qu'il y ait vraiment eu de plan. Et là, pour le coup, il n'y a pas eu d'intention. Comme disait Fra, on ne s'est pas donné de direction pour créer des morceaux.
Donc c'est venu un peu comme ça. Après, peut-être que dans les choix des paroles, il y a eu des intentions de rappeler un peu les choses qui existaient dans d'autres paroles et morceaux, pour faire un lien de continuité sur les paroles, sur toute la longueur de la vie du groupe. Mais sinon, il n'y a pas de plan.
C'est un peu l'état brut qui parle et qui est sorti de tous ces morceaux.
Fra — Il y a une chose qu'on s'est dite avant de commencer à composer l'année dernière, c'est qu'il y avait une velléité pour avoir un truc un peu plus rude, un peu plus abrupt, avec des tempos plus rapides que sur l'avant-dernier album. Ça, c'était clair.
D'ailleurs, d'où le choix de changer de producteur pour enregistrer l'album ailleurs, dans un autre studio, pour avoir une nouvelle couleur. On se l'était dit, on voulait un truc sans forcément le dire, sans forcément le verbaliser. Mais peut-être que l'idée, c'était de se rapprocher de ce que pouvait être Burning Heads il y a 25 ans.
Le reste n'est que pure coïncidence, même s'il n'y a pas de hasard. Les mots arrivent les uns après les autres, les morceaux arrivent les uns après les autres. On a fait des choix, on avait une bonne vingtaine de chantiers de morceaux, on en a choisi 14, on en a enregistré 14, et il y en a 13 sur l'album.
Après, c'est des choix de cohérence pour faire un album qui soit écoutable du début jusqu'à la fin sans qu'il y ait de pause, de moments mous, ou quoi que ce soit. Comme disait JB, il n’y avait pas de plan, pas d’idée de concept.
C'est juste qu'il y a plein de choses à dire, à la fois sur l'environnement et ce qui nous entoure, mais aussi sur la vie.
Au niveau de la pochette de l'album, quelle est son histoire et, selon vous, comment reflète-t-elle l'album ?
Fra — C'est un ami à moi qui est dessinateur de BD au départ, puis ensuite tatoueur, à qui on avait confié le projet de faire la pochette du 45 tours qui est sorti avant Torches of Freedom, fin 2020, début 2021. Cet artiste s'appelle Karl Beley, et Karl avait également travaillé sur l'avant-dernier album, Embers of Protest. C'est lui qui avait fait la pochette, et on lui a redemandé de faire la pochette de celui-ci.
Je lui ai fait un petit texte de présentation, et il nous a fait plusieurs propositions, jusqu'au jour où il a fait ce dessin-là. Ensuite, on s'est questionnés sur la couleur du fond.
On voulait un truc assez punchy, assez simple, qui correspondait un peu à ce qu'on avait envie de faire en termes de musique. Mais en tout cas, on trouve ça plutôt sympa d'avoir à la fois un lexique un peu Burning Heads –ça parle de feu, de flamme, de braise, de torche, tout ça, depuis au moins trois albums– et aussi d'avoir une identité visuelle avec le même artiste qui nous fait des pochettes, où on reconnaît bien son dessin. Tout ça, ça fait sens aussi.
L'album sort aujourd'hui, mais il y a une release party prévue pour le 20 mars 2027 à La Maroquinerie, de ce que j'ai vu. À quoi peut-on s'attendre pour cette date ?
JB — On est un peu dans le flou sur cette date. Il y aura des invités, des groupes qui vont être invités, mais ce n'est pas encore complètement défini. Ça sera une grosse fête, de toute façon, et ça devrait être une bonne soirée.
Fra — Ce qui est bien, c'est que ça ne sera pas notre premier concert, donc on aura fait plein de concerts avant pour s'échauffer, s'entraîner et être prêts.
Ça fait que quelques heures que l'album est sorti, mais est-ce que vous avez déjà eu certains retours ?
Fra — Disons que notre label fait des précommandes. Les précos sont déjà faites depuis quelques mois, et donc ceux qui ont précommandé l'album l'ont déjà reçu il y a quelques semaines, voire quelques jours. Donc oui, on commence à avoir quelques retours, et puis il y a tous les fanzines, les magazines, qui ont forcément écouté l'album.
JB — Il y a quelques belles chroniques, oui. Ce matin, j'ai déjà eu quatre messages de personnes qui ont écouté l'album directement quand il est sorti, qui m'ont envoyé des messages pour dire qu'ils étaient très bien. Jusqu'ici, à chaque fois, il y a eu vraiment de bons retours sur l'album. Donc ça fait plaisir.
Eh bien, super !
Ce sera ma dernière question. Est-ce que vous avez un message pour vos fans ?
Fra — Je pense qu'il faut venir nous voir. Il ne faut pas hésiter à venir nous voir après les concerts, il ne faut pas hésiter à parler. Les réseaux, c'est super. Effectivement, parfois on est géographiquement un peu éloignés, et ça permet de garder des contacts. Mais le mieux, c'est quand même d'être en face à face, les yeux dans les yeux, et de se dire ce qu'on a à se dire. Partager un maximum comme ça. Prendre soin de nos proches. Et être au taquet de tout ce qui se passe dans l'actualité pour l'avenir.
JB — On est le 16 octobre, c'est la sortie de l'album, mais demain c'est le 17 octobre, il faut que tout le monde soit dehors aussi. Et pas que demain !
Je vous remercie beaucoup pour le temps que vous m'avez accordé aujourd'hui.
Fra & JB — Merci.

