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Interview : Eden Bisiot

COLTAINE

COLTAINE

Août 2026

Coltaine : « Un voyage atmosphérique et immersif qui peut vous aider à regarder en vous »

À l’occasion de leur passage au Motocultor, Coltaine nous a parlé de Forgotten Ways, leur deuxième album, et de cette musique pensée comme un véritable voyage. Entre paysages, émotions, mélancolie et lumière, le groupe nous invite à laisser nos propres images et interprétations accompagner leur univers.

Bonjour tout le monde, nous sommes aujourd’hui avec Coltaine. Comment allez-vous ?


Coltaine — Salut, très bien, merci.



Vous jouez aujourd’hui au Motocultor Festival. Comment vous sentez-vous ? Excités, nerveux ?


Julia — Ouais, on est vraiment très excités parce que c’est la première fois qu’on joue pendant 90 minutes, et aussi sur un grand festival en France comme celui-ci. Donc, ouais, on a hâte.



Vous avez des sonorités vraiment magnifiques qui font voyager l’auditeur lorsqu’il les écoute. Qu’est-ce que les concerts apportent de différent par rapport aux versions studio ?


Amin — Je pense qu’on se permet de développer un peu plus les transitions, ce qui veut dire qu’on ne joue pas simplement un morceau après l’autre. On a travaillé sur le temps entre les morceaux, pour que ça s’enchaîne, avec des montées et des descentes. Et je pense que ça décrit aussi le voyage que vivent les auditeurs au bout du compte.



Vous avez sorti deux albums jusqu’à présent. Avec le premier, on est généralement en train de se construire, et avec le deuxième, on connaît mieux l’identité du groupe. Alors, qu’est-ce que vous pensez que ce deuxième album nous dit sur Coltaine ?


Benedikt — Je pense que les deux albums peuvent être vus comme un voyage, avec différentes émotions qui ressortent. C’est aussi lourd que le premier, mais avec également ces interludes plus mélancoliques, plus atmosphériques. Je pense que c’est une extension du premier.


Brandung est davantage sur l’océan, sur le désert, et Forgotten Ways était plus basé sur les forêts et la nature, qui est plus nuageuse, inspirée par la région d’où nous venons, comme la Forêt-Noire et les régions des Alpes. Inspirée par… quelque chose comme ça.


Amin — Pour les deux albums, on a travaillé avec des images, des images fortes, la nature…



Quel est votre processus créatif ? Comment créez-vous tous ensemble ?


Amin — On développe des idées. Elles peuvent apparaître au hasard, à n’importe quel moment, en gros. Et ensuite, on les met à l’épreuve en improvisant simplement autour d’elles et en essayant différentes choses et différentes sortes de versions, jusqu’à ce qu’on ressente tous cette même sensation. C’est ce qu’on cherche tous. On sait : “ OK, c’est ce riff, c’est ce morceau.” Et je pense que c’est comme ça que ça se passe pour vraiment chaque morceau qu’on a écrit.


Benedikt — Parfois, quand on a tous une idée de la direction dans laquelle le morceau s’est construit, on en parle, on parle des émotions qu’on ressent quand on écoute ou qu’on joue les morceaux. Et ensuite, on apporte notre contribution et on partage notre vision. Puis, à mesure qu’on continue à le développer, ça devient davantage une image dans notre esprit. Donc ça aide.


Amin — Ce qui est aussi arrivé, c’est qu’on s’expliquait à nous-mêmes les riffs, les idées qu’on avait, en expliquant des images. Imaginez un film dans lequel ceci et cela se passent, et en gros, la musique en est la bande originale. C’est aussi un langage qu’on utilise pendant le processus créatif. Parce que ça aide beaucoup d’avoir la musique qui accompagne les images qu’on a dans la tête. Ou peut-être même des rêves, je ne sais pas. Et ça fait aussi partie intégrante de notre processus créatif.


Moe — C’est un peu conceptuel, mais on laisse aussi aux auditeurs la possibilité d’avoir leurs propres émotions et leurs propres images en tête lorsqu’ils écoutent la musique. Mais en général, on aime travailler avec des images. Pour ces deux albums, on a travaillé avec la nature et l’inspiration.



Qu’est-ce que vous voulez que l’auditeur garde en tête à propos de Coltaine après avoir écouté l’album ?


Amin — Peut-être que ce n’est même pas une question de savoir ce que l’auditeur doit garder en tête à propos de nous. C’est plutôt de trouver quelque chose pour lui-même. Je veux dire, on écrit de la musique avec des idées et des visions. Des idées qu’on a et qui nous procurent la sensation qu’on recherche dans la musique. Pour nous faire du bien. Pas avec l’intention de dire : “Voilà quelle est notre idée, alors s’il vous plaît, comprenez-la et prenez-la.” Mais plutôt : “écoutez-la et prenez-en ce que vous pouvez y trouver”. Comme une invitation. Ce n’est pas vraiment… une invitation à nous rejoindre. Rejoignez-nous, mais avec votre propre vision, avec votre propre chose que vous pouvez trouver dans la musique. Ça dépend d’eux, pas de nous.



Ça veut dire que votre musique, c’est plutôt : “Voilà la musique, rejoignez-nous, profitons-en tous ensemble, mais chacun avec sa propre signification.”


Benedikt — Je pense que c’est aussi ce qu’on ressent quand on joue en live. Quand on ressent l’énergie sur scène et qu’elle se transmet aussi au public. C’est incroyable.


Julia — Comme l’a dit Amin, c’est comme un film. À la fin, on organise les morceaux de l’album pour avoir une sorte de dramaturgie ou quelque chose comme ça. Donc on peut commencer doucement, avec une ambiance qui nous plonge dans l’album, et ressentir les vibes de l’album. Et ensuite, on découvre une autre histoire dans le morceau suivant, puis ça devient plus lent ou plus ambiant, instrumental. Ensuite, ça éclate avec des cris ou une musique plus lourde, des riffs lourds. Et puis ça continue comme ça.


On réfléchit vraiment à la manière dont l’auditeur peut aussi vivre l’album sur scène. Par exemple, comment construire notre setlist pour que vous ne soyez pas submergés pendant trois morceaux et qu’ensuite ce soit trop calme ? C’est un bon mélange de tout. C’est comme du théâtre.



Et si Forgotten Ways était la bande originale d’un film, quel genre de film serait-ce ?


Julia — Genre, si tu étais au bord de la mer, sur la côte, mais qu’il ne faisait pas soleil. Ce serait plutôt une scène vraiment dangereuse avec de grosses vagues et une tempête. Mais aussi avec le moment où le soleil revient. Donc c’est comme des hauts et des bas, avec de gros contrastes. Tu as le soleil apaisant, puis tu as la mer dangereuse et les profondeurs de la mer, et le désert. Beaucoup d’images.

Quel genre de film ce serait ? Je ne sais pas.


Amin — Je pense que c’est ça qui est beau. Le film que tu peux écrire toi-même quand tu écoutes la musique. Nous avions la vision qui était la nôtre lorsque nous écrivions les morceaux. Mais je pense que ce n’est pas à nous de dicter ce que le film doit être. Parce que je pense que l’album est très polyvalent, avec différents styles et différents thèmes. Donc ça dépend vraiment de ta propre interprétation.


Julia — Peut-être un film d’aventure avec un personnage. Ou quelques personnages qui seraient simplement seuls dans la nature, sans beaucoup de civilisation. Qui ressentiraient la mélancolie ou la solitude. Mais aussi la chaleur des différentes personnes que tu rencontres sur la route.


Amin — De manière métaphorique, la mer peut aussi être une métaphore des humeurs ou des sentiments que tu ressens. Je pense que ça parle aussi du deuil, de l’espoir et du soulagement. Comme différentes phases. On fait des choses mélancoliques, mais avec une lueur de lumière au loin.


Julia — Ouais, c’est une bonne description.



Comment décririez-vous votre musique à quelqu’un qui ne l’a jamais entendue auparavant ?


Julia — Je dirais la bande originale d’un film d’aventure dans les forêts, au bord de la mer ou dans le désert. Une musique avec laquelle tu peux ressentir de grandes émotions, mais aussi avoir des morceaux qui permettent de calmer tes émotions. Donc peut-être, ouais. Qu’est-ce que tu en dirais ?


Amin — Je la décrirais comme un voyage atmosphérique et immersif qui peut t’aider à regarder en toi.



Est-ce que vous avez un message pour les personnes qui vous écoutent ?


Julia — On espère simplement que les gens peuvent profiter de la musique à leur manière. Ressentir quelque chose que nous avons également ressenti pendant l’écriture, et aussi avoir leur propre interprétation. Profiter de la musique dans son ensemble, de l’album dans son ensemble, ou sur scène, quand nous jouons en live.


Amin — Ouais, peut-être avoir la possibilité de ralentir un peu, je pense, avec notre musique, dans ce monde qui avance, qui va toujours plus vite jour après jour. Et je pense que c’est important de parfois prendre un moment, de prendre du recul, de se détendre et peut-être de regarder en soi. Et je pense que c’est quelque chose que nous pouvons apprécier si les gens peuvent l’avoir avec notre musique.


Benedikt — Ouais. Et je pense aussi que laisser sortir ses émotions et laisser sortir des sentiments difficiles peut aussi être un soulagement, probablement aussi pour les auditeurs, s’ils peuvent entrer dans la musique. Donc peut-être quelque chose comme ça.



Merci beaucoup d’avoir pris le temps aujourd’hui pour cette interview et d’avoir répondu à mes questions.


Coltaine — Merci beaucoup.

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