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Interview : Eden Bisiot

DELIVERANCE

DELIVERANCE

Juillet 2026

Deliverance : l'espace comme terrain d'exploration musicale pour “The Voyager Golden Banquet”

À l'occasion de la sortie de The Voyager Golden Banquet, Deliverance nous emmène dans les coulisses de son nouvel album. Le groupe revient sur son univers spatial et cinématographique, son processus de composition renouvelé, le choix des premiers singles, l'évolution de son identité musicale et la manière dont il imagine déjà ces nouveaux morceaux prendre vie sur scène.

Bonjour tout le monde ! On se retrouve aujourd'hui avec le groupe Deliverance. Comment allez-vous ?

Pierre – Très bien, et toi ?

Étienne – Super, merci !


Très bien ! Comment se passe votre journée ?


Pierre – Bien ! Beaucoup d'interviews, de 11 heures ce matin jusqu'à 19 heures ce soir. On a un peu l'impression de répéter toujours les mêmes choses, mais ce n'est pas grave. On ne sait plus ce qu'on a dit, à qui ni quand, donc on s'y perd un peu. Mais ça va le faire !


Étienne – C'est une bonne journée promo bien remplie, c'est super.


Aujourd'hui, on est là pour parler de votre nouvel album, The Voyager Golden Banquet, qui sortira le 22 mai. Si vous deviez le définir en un seul mot, lequel choisiriez-vous ?

Pierre – Espace. Ou spatial, si tu préfères.


Ça me va ! Est-ce qu'on peut avoir le pourquoi ?

Pierre – Tout tourne autour de ce concept : les paroles, la pochette, les sonorités… Il y a cette envie d'ailleurs qui traverse tout l'album. Voilà pourquoi.

Étienne – L'album propose vraiment un voyage interstellaire. En tout cas, c'est comme ça qu'on imagine notre propre voyage interstellaire : cette sensation de ne plus être bien sur notre petite Terre et d'aller chercher quelque chose de plus apaisant, de différent ou de mystérieux, que sais-je, dans l'espace. Tout le disque suit ce cheminement et les différentes émotions que ce voyage nous évoque.


Est-ce que l'enchaînement des morceaux raconte une histoire ?

Pierre – On va dire qu'il y a un début, une fin et, entre les deux, un peu de chaos. Donc oui, globalement, oui.

Étienne – Concernant la construction musicale de l'album, oui. Il y a même une double narration entre la musique et les paroles, qui prennent parfois des chemins un peu différents.

Quand on regarde l'ordre des morceaux et leur composition, tout a été pensé pour s'enchaîner de la manière dont on le souhaitait. Le premier titre est assez oppressant et nous prépare au décollage. Le deuxième est plus lumineux, plus mystérieux, avant de se terminer dans une certaine angoisse. Ensuite, on enchaîne avec un moment plus apaisé, puis de nouveau du chaos.

Au cœur du voyage, on a voulu donner l'impression de revivre sans cesse le même instant avec un morceau assez répétitif, construit autour d'un thème central qui revient pendant huit minutes : Turn On, Tune In, Drop Out.

Puis vient Ground Zero, qui représente notre passage dans un trou noir, le moment où l'on bascule vers d'autres dimensions. Enfin, le voyage s'achève avec The Banquet Part I et The Banquet Part II.

En tout cas, sur le plan de la composition, tout suit une logique. Quant aux paroles, le début et la fin racontent clairement une histoire. Entre les deux... Pierre parle de tout ce qu'il a envie de raconter, et ça vient compléter ce voyage.


Et pour ce dernier titre, pourquoi avoir choisi de le diviser en une partie I et une partie II ?

Étienne – C'est un peu un clin d'œil à beaucoup de groupes des années 70 qui faisaient des Part I et Part II. Je pense notamment à Shine On You Crazy Diamond de Pink Floyd.

J'aime bien séparer les choses, quitte même à placer une partie d'un morceau à un moment du disque, puis l'autre plus tard. Ça n'a pas été le cas ici, mais je trouvais que la première partie se suffisait déjà à elle-même. La seconde vient la compléter, lui répondre.

Même si le morceau a été composé comme une seule et même pièce, ça me paraissait assez logique de le diviser en deux.

Et puis, c'est toujours intéressant lorsqu'on sort un premier extrait (en l'occurrence, c'était la première partie) de laisser entendre qu'il y a une suite. La fin de la première partie s'arrête de manière très nette, mais on sent que le morceau est en train de partir vers autre chose. Ça crée une attente chez l'auditeur, qui a envie de découvrir cette deuxième partie. C'est le genre de choses que je trouve vraiment amusantes dans la musique.

C'est un peu pareil pour Ground Zero et l'interlude qui le précède. Pour moi, c'est en réalité un seul morceau, mais on l'a séparé en deux pistes avec deux titres différents.


Et justement, cet interlude, As Above So Below, était-ce une manière de créer une transition dans l'album ?

Pierre – Clairement. C'était une vraie respiration. Ça permet aux gens de digérer ce qu'ils viennent d'entendre avant de passer à la suite. Je pense que ce genre d'interlude est nécessaire dans un album. Ça apporte du relief à l'ensemble, crée des hauts et des bas et rend l'écoute plus dynamique. Je trouve que c'est important.


Justement, on est sur un album qui est très varié, que ce soit dans les sonorités, dans la construction des morceaux ou de manière générale. Comment s'est construit votre processus créatif pour réussir à réunir tous ces éléments ?

Étienne – On a un petit peu changé notre processus créatif par rapport aux trois albums précédents. Avant, je travaillais beaucoup les morceaux seul de mon côté. Ensuite, je les proposais au reste du groupe et on faisait les ajustements : on changeait des choses, on en supprimait, on en gardait…

Avec l'arrivée de notre nouveau batteur, Viken, je me suis rendu compte que ce n'était pas forcément pertinent de reprendre les morceaux qu'on avait déjà écrits avec le précédent batteur, parce qu'on en avait déjà composé pas mal.

Du coup, j'ai proposé à Viken un riff que j'avais écrit quinze minutes avant la répétition, un riff que j'avais en tête et que je venais tout juste de sortir. Je lui ai simplement demandé de jouer dessus. À partir de là, on a commencé à construire les morceaux ensemble, un peu comme si on tirait une pelote de laine. Le reste du groupe nous a rejoints ensuite, et on a fait évoluer un thème, un riff, en prenant le temps de voir où ça nous menait.

C'est comme ça qu'est né Turn On, Tune In, Drop Out, qui a été le tout premier morceau que nous avons véritablement écrit pour cet album.

Si tu l'écoutes attentivement, c'est en réalité un seul et même thème du début à la fin. Il y a plusieurs parties, mais toujours le même thème. Le seul vrai changement intervient au refrain, où le riff évolue. Tout le reste repose sur les mêmes notes et la même rythmique, à l'exception de la deuxième partie où l'on fait légèrement évoluer le rythme.

L'idée, un peu comme chez certains groupes de rock psychédélique, était de partir d'un thème unique et de le développer progressivement : on enlève des éléments, on en ajoute, on le fait évoluer au fil du morceau.

Au final, ça a rendu le processus de création beaucoup plus amusant pour tout le monde, et surtout plus inclusif pour Viken, qui venait d'intégrer le groupe.
Et tout s'est fait très naturellement. Même très facilement.


Turn On, Tune In, Drop Out est donc le premier morceau que vous avez terminé pour l'album. Pourtant, le premier single était The Banquet Part I. Pourquoi avoir choisi celui-ci pour lancer cette nouvelle ère ? Et selon vous, comment prépare-t-il l'auditeur à la suite de l'album ?

Pierre – Ce n'est pas une question facile… En tout cas, c'est le morceau le plus épique.

Étienne – Il faisait partie des titres que les personnes autour de nous préféraient. Et nous aussi, d'ailleurs. On savait qu'il était particulièrement accrocheur.


Vous êtes donc allés demander l'avis de votre entourage avant de choisir le premier single ?

Pierre – On n'a pas vraiment demandé leur avis. Que ce soit le label ou Singularités, ils nous ont dit : « Celui-là, on le verrait bien en premier single. » On s'est regardés et on s'est dit : « Ok, très bien, allons-y. »
On aime tous les morceaux de l'album, donc pourquoi pas celui-là.

En parallèle, on avait déjà finalisé deux clips. On avait terminé celui de Chasing the Dragon, qui va bientôt sortir, et on venait de finir le tournage de Hellisual, qui est actuellement en montage. Au final, l'ordre des sorties, je m'en moquais un peu, pour être honnête. L'important, c'était que les morceaux sortent. Si ça n'avait tenu qu'à moi, j'aurais commencé par Headspace Collapse avec un clip complètement barré.

Étienne – On aurait pu !

Pierre – Mais on a écouté la voix de la raison et on est partis sur The Banquet Part I.


Tu parlais justement de Headspace Collapse. Si je ne me trompe pas, c'est le morceau qui débute avec du chant clair, ce qu'on retrouve finalement assez peu sur l'album. Pourquoi avoir choisi de l'utiliser ici, et sur une aussi grande partie du morceau ?

Pierre – Parce que je l'ai senti comme ça. Je ne me suis pas posé plus de questions. À cet endroit-là, je ne voyais rien d'autre que du chant clair. Ailleurs, je ne le ressentais pas. Je n'ai rien forcé et je n'ai pas vraiment réfléchi à tout ça. Ça s'y prêtait naturellement. Sur les autres morceaux, je ne le sentais pas, donc c'est venu comme ça. Je n'ai pas eu beaucoup plus de réflexion que ça.

Étienne – Par exemple, si tu prends le passage calme au milieu de Ground Zero, Pierre a fait exactement l'inverse : il a choisi de crier, alors qu'il n'est accompagné que par une basse, puis par la guitare qui arrive ensuite. Ce sont vraiment des choix qui se font naturellement.

Pierre – Oui, c'est uniquement une question de ressenti. J'avais cette ligne de chant dans la tête, et elle était en voix claire. Donc je suis parti là-dessus, sans vraiment y réfléchir.


Qu'est-ce que vous aimeriez que les auditeurs ressentent après avoir écouté cet album ?

Pierre – Qu'ils se sentent bien, apaisés, qu'ils aient passé un bon moment et pris du plaisir à écouter notre album. J'aimerais surtout qu'il les emmène ailleurs, qu'il les fasse voyager. Si les gens ressentent déjà ça, ce sera une belle réussite.

Étienne – Oui, et on espère aussi que les personnes qui aimeront l'album pourront ressentir toute la palette d'émotions qu'on y a mise. Je pense qu'il y a un véritable kaléidoscope d'émotions. Beaucoup de passages peuvent d'ailleurs être interprétés de différentes manières selon la personne qui les écoute et son propre vécu.

Par exemple, les moments les plus mystérieux, très spatiaux, avec ces ambiances particulières, peuvent être aussi bien apaisants qu'angoissants selon chacun. Je trouve intéressant de proposer quelque chose d'aussi riche émotionnellement, et j'espère que les auditeurs ressentiront toute cette diversité en découvrant le disque.


Est-ce que vous avez pensé cet album en vue du live, ou est-ce que vous êtes encore en train de l'adapter pour la scène ?

Pierre – On change simplement l'ordre des morceaux en concert, principalement pour des questions techniques, notamment les accordages. C'est davantage une contrainte technique qu'un choix artistique. Pour notre date au Petit Bain, on jouera l'intégralité de l'album, simplement dans un ordre différent, parce qu'il fonctionne vraiment bien en live.

Étienne – Je trouve justement que c'est un album qui est taillé pour la scène. Le fait d'avoir beaucoup tourné ces dernières années, en défendant notre deuxième puis notre troisième album, a forcément influencé notre manière de composer celui-ci.

Les morceaux fonctionnent très bien en concert. Je ne dirais pas qu'ils sont faciles à jouer, parce qu'on fait tous des erreurs de temps en temps, mais ils ont été pensés pour le live et il s'y passe vraiment quelque chose.

Même les passages plus calmes, qui peuvent parfois ennuyer le public en concert, nous procurent énormément de plaisir à jouer. Quand on répète les parties les plus rock et psychédéliques de l'album, on prend vraiment du plaisir, et je pense que ce sera exactement la même chose sur scène. Je crois que toutes les expériences accumulées en concert ces dernières années nous ont naturellement conduits à écrire cet album. Au final, c'est un disque qui a vraiment été pensé pour la scène.


Au fil des albums, vous évoluez forcément en tant que groupe. Tu parlais tout à l'heure d'un processus créatif qui a changé pour cet album. Au-delà de cet aspect-là, qu'est-ce que vous avez remarqué comme évolution au fil des années ?

Pierre – Déjà, on se connaît beaucoup mieux, autant humainement que musicalement. On sait davantage ce qu'on a envie de faire, ce qu'on n'a pas envie de faire, ce dont on est capable et, au contraire, ce qui nous demande encore du travail. Du coup, on essaie de s'appuyer sur nos points forts, de les pousser encore plus loin. On connaît aussi nos limites, même si on cherche toujours à les repousser.

Et puis, on veut avant tout prendre du plaisir. Une fois qu'un album est sorti, on sait qu'on va le défendre sur scène. Les morceaux, on va les jouer des dizaines de fois dans l'année, donc si on ne prend pas de plaisir à les jouer, ça ne peut pas fonctionner. Aujourd'hui, on sait beaucoup mieux ce qu'on veut et ce qu'on ne veut plus faire. C'est probablement l'évolution la plus importante.

Sur les anciens albums, il y avait clairement des morceaux qui étaient quasiment injouables en concert. Il aurait fallu énormément de moyens pour les reproduire sur scène, et on ne les a d'ailleurs jamais joués. Là, tout est jouable en live, du début à la fin. C'était vraiment important pour nous.

On a quand même réussi à jouer Odyssey sur scène, mais ça nous a demandé énormément de travail parce que c'est un morceau très long. Cette fois-ci, tous les titres peuvent être joués en concert, et ça change beaucoup de choses.

Étienne – Je pense qu'en avançant ensemble, on prend aussi davantage confiance en nous. Comme le disait Pierre, on connaît désormais nos forces et nos faiblesses. On continue de travailler sur ces dernières, mais on apprend aussi à les contourner et, parfois, à découvrir de nouvelles choses sur nous-mêmes.

À chaque album, on gagne en confiance, ce qui nous donne davantage de liberté et nous ouvre de nouvelles possibilités. Chaque disque nous permet de faire un pas en avant, parfois même un pas de côté, mais toujours dans l'idée de progresser en tant que musiciens.

À chaque nouvel album, on se dit qu'on est allés un peu plus loin, qu'il est un peu plus abouti que le précédent. Je pense que c'est comme ça qu'on envisage la musique : toujours essayer d'avancer un peu plus.


Je crois déjà avoir une idée mais… Si cet album était la bande originale d'un film, quel genre de film serait-ce ?

Étienne – Toi, tu dirais quoi ?


J'imagine facilement quelque chose en rapport avec l'espace, mais pas forcément un Star Wars. Plutôt quelque chose dans le style d'Interstellar.

Étienne – Ah bah complètement ! Oui, 2001 : L'Odyssée de l'espace, Interstellar... Oui, complètement.

Pierre – J'aimerais bien que ce soit la bande originale d'un film de Lynch... dans l'espace.

Étienne – Oui, ça, ce serait bien ! Un truc où tu ne sais plus où est le haut, le bas, l'endroit ou l'envers.

Pierre – J'ai dit ça sans aucune prétention, bien sûr.

Étienne – Il est dispo, d'ailleurs. Il m'a dit que c'était bon. (rires) Personnellement, je ressens clairement une connexion. C'est peut-être ridicule de dire ça, parce que c'est notre album, mais c'était déjà un peu le cas sur le précédent. J'aimerais beaucoup superposer les images de 2001 : L'Odyssée de l'espace à notre album. Bon, on n'a pas les droits, donc ce n'est pas possible, mais je vois vraiment une connexion entre ce cinéma-là et notre musique.



Vous avez un aspect très cinématographique, que ce soit dans votre musique, votre direction artistique ou tout ce qui entoure le groupe, j'ai l'impression.

Étienne – Oui, on a vraiment cette envie-là. D'ailleurs, on aimerait avoir les moyens de la pousser encore plus sur scène. Peut-être qu'un jour on pourra, parce qu'on reste un groupe assez underground, donc c'est difficile de proposer une expérience totalement immersive à notre niveau. Mais peut-être qu'un jour, on pourra faire des ciné-concerts. On pourrait tout à fait imaginer ça. À ce niveau-là, les ciné-concerts peuvent être totalement immersifs, et ce serait vraiment génial.


Il ne me reste plus qu'une dernière question : avez-vous un message pour les personnes qui vous écoutent ?

Pierre – Merci pour votre soutien. Merci aussi aux personnes comme toi qui prennent le temps de nous interviewer, d'interviewer les groupes et de partager notre musique. Encore une fois, on demande juste aux gens de passer un bon moment et de prendre du plaisir avec ce qu'on fait. C'est tout ce qu'on souhaite.

Étienne – Un grand merci à toi et à tes auditeurs.


Un grand merci à vous pour le temps que vous m'avez accordé aujourd'hui, et félicitations pour la sortie de l'album !

Étienne – Avec plaisir.

Pierre – Merci beaucoup.

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