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Interview : Jenny Bisiot & Eden Bisiot

DUST IN MIND

DUST IN MIND

Mai 2026

H.C.N.O. : le renouveau comme évidence, pas comme rupture

Avec leur nouvel album, Dust In Mind ne se contente pas d’évoluer : le groupe opère un véritable tournant, aussi bien musical qu’humain. Nouveau souffle, nouveau rôle au chant, direction artistique affirmée… mais surtout, une envie commune de rester sincères et alignés.


Dans cette interview, le groupe revient sur cette transformation, sur la manière dont elle s’est imposée naturellement, et sur ce qui fait aujourd’hui leur identité : une musique plus moderne, plus cohérente, mais toujours profondément humaine. Entre introspection, énergie collective et besoin de retrouver sa place, Dust In Mind livre ici bien plus qu’un album : un véritable parcours.

Bonjour tout le monde, on se retrouve aujourd’hui avec Dust in Mind, comment allez-vous ?
Groupe
– Très bien, super, et vous ?

Très bien, merci. On est là pour parler de votre nouvel album qui sortira le 24 avril, mais aussi et surtout de ce grand renouveau, ce grand tournant au sein du groupe. Déjà, comment a été prise la décision que toi, Damien, tu passes au chant ?
Damien – C’est très naturel, en vrai. Je pense que dans la vie de n’importe quel groupe, il y a des évolutions. On évolue au fur et à mesure, les influences aussi, etc. On a commencé à avoir une volonté commune de faire d’autres choses, avec des influences différentes. On voulait explorer. Depuis Control, sorti en 2021, le switch a commencé à opérer. On s’entendait pour aller vers autre chose, on avait un besoin de changement.
Thomas – Tu as fait des essais.
Jack – Et le résultat était convaincant.
Damien – Le chant, au départ, c’était complètement hasardeux. On avait des idées musicales, mais pour le chant, on ne savait pas trop. On explorait plein de choses, et plusieurs personnes m’ont dit : “Pourquoi tu ne le fais pas ? Tu devrais essayer.” Du coup, j’ai essayé sérieusement. Comme d’habitude, quand je fais quelque chose, j’essaie de le faire du mieux possible pour pouvoir avoir un vrai recul. C’est comme ça que j’ai posé les voix sur My Way. Quand je l’ai fait écouter aux autres, tout le monde a été surpris, mais dans le bon sens. C’était unanime, pareil pour les partenaires avec qui on travaille. Et surtout, j’ai vraiment kiffé le faire. J’y ai pris beaucoup de plaisir, et c’est ça le plus important.

C’est le plus important : se sentir à l’aise et à sa place.
Damien
– Évidemment. En plus c’est tout nouveau pour moi. Et justement, “la place”, c’est un peu le thème de l’album.

On est face à un metal plus moderne, plus assumé. Il y a eu une vraie refonte. Qu’est-ce qui a été le plus compliqué dans ce changement ?
Damien – En fait, ça s’est fait tout seul. Il faut juste être à l’écoute. On parle énormément, on communique beaucoup, et c’est super important pour garder une cohésion, rester dans les mêmes règles, évoluer ensemble ou décider de changer ensemble. Il faut rester vrai. Ça ne sert à rien de faire de la musique si tu n’es pas sincère. Donc vu qu’on communique beaucoup, et depuis longtemps, tout se fait naturellement. Il n’y a pas eu de difficulté réelle.

Malgré les changements, ça n’a rien cassé dans votre dynamique ?
Damien – Non, ça n’a rien cassé, au contraire, ça a apporté du neuf.
Jack – La synergie n’a jamais été aussi présente, je trouve.
Damien – On est vraiment en phase aujourd’hui. Et c’est essentiel. Si un membre n’est pas d'accord, ce n’est plus un groupe. On a aussi beaucoup de chance : on s’entend très bien, c’est naturel. Ce n’est pas évident d’avoir un line-up aussi solide. Et on a aussi une équipe incroyable autour de nous. Sans eux, il n’y a pas de show. C’est vraiment un tout. On s’est bien trouvés, il y a une vraie énergie.

On sent une évolution musicale plus cohérente, plus mature. Comment ce mélange d’influences est devenu votre nouvelle identité ?
Thomas – Ce qui est assez drôle, c’est qu’on a tous évolué individuellement en écoutant plein de choses, et on s’est rendu compte qu’on allait dans la même direction. On partageait beaucoup de références, même en dehors de la musique, et sans forcément en discuter, on avait la même vision. C’est pour ça que cette version de Dust in Mind s’est construite très naturellement.
Xavier – C’est une évolution naturelle. Comme une recette : tu pars d’une base et tu ajoutes des nouvelles touches avec ton expérience, ce que tu écoutes, ce que tu vis.
Damien – On est tous très différents, vraiment. On est un peu comme dans Friends, chacun a sa personnalité. Mais on se complète parfaitement. On a les mêmes envies, les mêmes directions, les mêmes horizons.

Ce n’est pas toujours évident d’être différents et de regarder dans la même direction.
Thomas – C’est primordial. Encore plus important que la musique. Si tu n’as pas des gens qui ont la même vision et qui veulent tout donner pour avancer, ça ne sert à rien.
Damien – Être dans un groupe demande énormément d’énergie. C’est une grosse charge mentale. On ne se rend pas compte de tout ce qu’il y a à faire. Ce n’est pas juste monter sur scène. Il faut tout produire, tout gérer, souvent avec peu de moyens. On est un peu à la démerde. Tu as intérêt que les caractères s'alignent bien parce que sinon, tu te mets sur la gueule tout de suite. J'utilise un vocabulaire extrêmement poli, vous remarquerez.
(rires)
Il faut être mature, savoir prendre du recul, accepter les moments compliqués. C’est un peu comme un couple. Et on a la chance d’être ensemble depuis des années et de bien se compléter.
Jack – De la même manière que les thèmes abordés dans les différents titres, pour réussir à maintenir tout ça, tu es obligé, à un moment, de savoir te remettre en question pour pouvoir continuer à avancer, pour rester dans quelque chose de positif. Même s’il y a parfois des moments où tu te dis que c’est dur, il faut y aller. Il faut savoir se raccrocher à quelque chose et se dire : ok, on va le faire.

Damien, j’ai vu que ton nom était crédité pour le mixage et le mastering. Du coup, je voulais te demander comment c’est venu. Est-ce que c’est la première fois ? Et comment, selon vous, ça a influencé l’album ? Tu parlais justement de la complicité : est-ce que, selon toi, c’était la meilleure façon de faire ressortir ce que vous êtes aujourd’hui ?
Damien
– Alors, on est pauvres, déjà.
(rires)
Non, pardon… j’arrête. Sérieusement, je produis depuis le début du projet. Je fais la finalisation, en tout cas. On propose les choses ensemble, mais je finalise les albums. J’ai un studio où je fais le mix et le mastering, on enregistre aussi, et je produis les clips. Ça, c’est plus mon métier dans la vie : faire des clips et de l’audiovisuel. Et en vrai, c’est assez naturel de fonctionner comme ça, même si c’est une charge de travail énorme. C’est vraiment démentiel, mais étrangement, ça se passe bien comme ça. Avec le recul et les années -même si je ne suis pas si vieux que ça- je me rends compte que pour retranscrire quelque chose, une émotion, le confier à quelqu’un d’extérieur, c’est extrêmement délicat. Parce que si la personne ne te connaît pas parfaitement, sachant qu’on est quatre, il faut comprendre les quatre, avec un message commun, mais aussi des nuances. Bonne chance pour trouver la bonne personne. Très souvent, tu finis avec un résultat et tu te dis : “Ah, fait chier…”, parce que tu avais une idée différente en tête. Et du coup, tu peux rester frustré.

Là, il se trouve que je sais le faire, donc je le fais. Et je pense que c’est un avantage, notamment parce qu’aujourd’hui, beaucoup de productions se ressemblent en termes de son et de rendu. Parfois, tu écoutes et tu ne sais même plus quel groupe c’est, alors que tu les connais. Je trouve qu’on a peut-être perdu un peu le côté organique et vraiment personnel de la musique en faisant ça. C’est mon avis perso, je l’assume. Mais quand tout le monde fait mixer chez les mêmes personnes, forcément, ça uniformise. L’avantage d’être aux commandes, c’est que tu peux faire exactement comme tu le ressens. L’émotion est vraiment la nôtre. On peut se dire : “C’est bien comme ça ?” - “Oui, c’est comme ça, c’est bon.”

Et quand tu es dans ce contrôle, tu peux retranscrire les choses le plus fidèlement possible. Du coup, la production et le son sont un peu différents de ce qui se fait, même si ça reste moderne. Par exemple, les voix, je n’ai pas envie de les surproduire. J’ai envie qu’il y ait un peu de fragilité, quelque chose d’organique. Parce que sinon, il n’y a plus d’émotion, tu perds le côté humain. Et ça, c’est vraiment important, parce qu’on le perd beaucoup aujourd’hui.

« H-C-N-O », je me suis renseignée un peu, j’ai compris ce que c’était, mais je ne suis pas certaine d’en avoir saisi le sens. Est-ce que vous pouvez l’expliquer un peu ?
Damien - C’est parti pour 10 minutes. (rires) Les choses viennent naturellement, petit à petit, au fur et à mesure de la composition des morceaux. On laisse faire l’univers, on laisse aller le truc et on fait vraiment ce qu’on ressent. Et il se trouve que « H-C-N-O », c’est de l’acide fulminique. Et si tu mélanges ça à une autre substance, ça fait une détonation absolument extrême. Tu peux vaguement anéantir la planète si tu en as envie. Donc l’idée, c’est que c’est le premier composant de plusieurs choses : actions, réactions, etc. Le but, là, c’était d’annoncer que c’est le départ de quelque chose, mais qu’il va y avoir autre chose après, et que tout va être lié. Ça, c’est un peu le thème. Bien sûr, personne ne va forcément se poser cette question, mais du coup, c’est pour ça qu’on est là. Alors, l’idée… est-ce que tu veux le thème de l’album derrière ?

C'était la prochaine question. Je voulais en venir au fait qu'il y avait des thématiques assez sombres, mais finalement avec un message assez hopeful.
Xavier - C'est ça, ouais.
Damien - C'est complètement ça, en fait. Exactement. Tu t’en sors très bien, c'est bon. Tu peux faire l'interview toi-même.
(rires)
Jack - Il y a toujours cette idée, dans une période difficile, d’au lieu de faire le focus sur le sombre et le négatif, de se raccrocher au positif pour pouvoir se permettre d'avancer, sur la possibilité de s'affirmer en acceptant qui on est réellement. Mais effectivement, on pourrait résumer ça de manière très simple en disant : des sujets lourds, des choses globalement difficiles pour l'ensemble des êtres humains, mais qui montrent qu'il y a toujours moyen de s'en sortir. L'essentiel étant de garder en tête d’aller de l’avant.
Damien - Pour faire simple, on peut utiliser une image liée à la chimie, parce que c’est vraiment un échange d’énergie : une sorte de pression interne qui finit en explosion collective. L’idée, c’est que dans l’album, on parle finalement de la vie de quelqu’un, de manière impersonnelle, pour que tout le monde puisse s’y retrouver. Le but, c’est que chacun puisse se recentrer et retrouver sa place. Et pour ça, il faut se remettre beaucoup en question, se regarder dans un miroir, faire des choses pas très fun, en vrai. C’est un long parcours, avec des hauts et des bas, qui demande beaucoup de travail sur soi. Mais quand tu arrives à cette place, que tu l’as trouvée et que tu l’assumes -parce qu’il faut aussi l’assumer- tu atteins une certaine paix, une forme de sérénité. Tu te sens mieux, à ta place, et du coup tu as de l’énergie à redonner aux autres. C’est ça l’idée : faire un parcours difficile pour ensuite pouvoir le transformer en quelque chose de positif et le transmettre. Et cet échange d’énergie, on le retrouve aussi ailleurs ; par exemple sur scène. On envoie de l’énergie, il y a un public, il y a un retour… action-réaction. On retrouve ce schéma partout, en fait. C’est la première fois que je vais aussi vite, normalement ça dure sept heures.
(rires)

Alors, je voulais parler d'un point un petit peu plus stratégique, et moins “créatif” : on a déjà eu droit à 5 singles issus de l'album, sortis dans l'ordre de la tracklist. Est-ce que c'était un choix spécifique ?
Thomas
- Il se trouve que, pareil, c’est le hasard qui a fait qu’ils sont sortis dans cet ordre-là. Ils s'enchaînent bien, donc on les a gardés dans l’ordre chronologique de création.
Damien - Absolument. Tout s’est fait naturellement. Les quatre premiers se sont faits comme ça, un peu par hasard, entre guillemets, simplement parce que l’émotion nous amenait là, il se passait quelque chose, donc on le faisait comme ça. Et puis à un moment, on s’est rendu compte qu’il se passait un truc, donc on a commencé à essayer de le construire. Parce qu’au bout du quatrième, on n’était pas sûrs de vouloir raconter une histoire, on ne savait pas trop. Tu explores, tu testes plein de choses. Et au final, on raconte juste un parcours, donc il fallait aller au bout. On a effectivement décidé de sortir les morceaux dans cet ordre pour raconter l’histoire dans le bon sens. En vrai, on essaie de garder quelque chose de très naturel. Même dans la production, ça s’entend : on ne veut pas hyper-produire. On laisse volontairement des choses un peu fébriles. Ce n’est pas péjoratif, au contraire, c’est pour garder de l’humain. Parce que sinon, tu perds l’émotion. Et nous, c’est vraiment comme ça qu’on a envie de retranscrire les choses : en laissant quelque chose de vivant, pas totalement corrigé de partout.

Ça va être ma dernière question. Sur les neuf titres de l’album, il y en a cinq qui sont déjà sortis. Donc il en reste finalement “peu” à découvrir sur l’album. Est-ce que c’est aussi une façon de s’adapter à la manière dont les gens consomment la musique aujourd’hui ?
Damien - Oui, bien sûr, forcément.
Jack - Le fait qu’on aime aussi beaucoup appuyer nos singles avec des clips joue énormément. Du coup, on les sort les uns après les autres avec leurs clips respectifs. À part pour les dernières dates, il n’y en a pas encore, mais ça viendra plus tard. Et puis il y a aussi la manière dont la musique est consommée aujourd’hui : c’est beaucoup basé sur les singles. Comme à l’époque avec des formats type deux titres; il y a eu un changement avec le numérique. Et il y a aussi le fait qu’il fallait qu’on marque le coup, qu’on se fasse connaître, donc il fallait sortir pas mal de titres. Et aussi habituer les gens à l’univers qu’on va proposer, parce qu’on peut se faire une idée d’un projet avec un seul titre. Si tu sors deux singles, tu peux déjà percevoir une direction. Donc là, les gens peuvent vraiment se faire une idée plus claire de ce qu’on propose.
Damien - Et au final, l’idée c’est d’essayer de raconter une histoire à chaque fois. On essaie de sublimer chaque single au maximum. Quand on sort un single, on essaie vraiment de le mettre en avant. Parce que souvent, quand tu sors un album, il y a un ou deux titres qui ressortent naturellement, parce que les gens vont vers ceux-là. Et c’est dommage pour les autres, parce qu’on a travaillé sur tous les titres pareil. Je vulgarise, mais vous voyez l’idée. Le but, c’est vraiment de mettre en lumière l’ensemble, parce que tout est lié. Si quelqu’un rate une info, il ne comprend pas l’histoire globale. Donc on est un peu face à un équilibre : il y a évidemment le côté marketing, il faut être présent, visible, tout ça -ce qui est un peu fatigant, selon nous, mais c’est comme ça aujourd’hui donc il faut s’adapter- et en même temps, il y a la volonté de raconter une histoire. Donc il faut trouver le bon équilibre entre les deux.

Déjà, bravo, parce que toute cette émotion et cette cohésion, nous on la ressent. Et puis, tout dernier mot : si vous avez quelque chose à dire aux gens qui vous écoutent ?
Thomas - Si vous n’avez rien de prévu le 16 mai, on fait notre release à Strasbourg !
Damien - Si vous avez prévu quelque chose le 16 mai, on s’en fout. Vous annulez.
Thomas - On va faire la release de l’album le 16 mai à Strasbourg, chez nous, dans une salle qui s’appelle La Laiterie. C’est l’emblématique de Strasbourg. Avec Akiavel de Marseille et Alita, un groupe de Strasbourg aussi. On a hâte et on vous invite très fortement à venir voir ce que ça donne en live. On va préparer plein de choses, ça va être un show assez unique.
Damien - Show unique, avec un set-up unique, du renouveau, beaucoup d’émotions. En plus avec des groupes qui sont des potes, des groupes vraiment cools, on a les mêmes énergies. Donc ça va être le feu de ouf. Il y aura vraiment de bonnes ondes, ça va être une super soirée. Et après le concert, on sera au merch, chez nous, pour échanger, boire des coups avec tout le monde. On va vraiment essayer de reconnecter et d’avoir cet échange d’énergie. Donc le 16 mai, que vous ayez quelque chose ou pas à faire, démerdez-vous. Prenez votre billet et venez.
Thomas - Et on vous offrira une bière, on fera un truc…
Damien - Non, il ne faut pas le dire !
(rires)

Merci beaucoup pour votre temps !
Groupe
– Merci à vous !

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