Pour cette nouvelle interview, j’ai eu le plaisir de retrouver Fred — alias Geisha Skills — un artiste indépendant hyperproductif, passionné, et surtout bourré d’idées. Ensemble, on a parlé de son projet conceptuel “Panic! On The Radio”, de la manière dont une simple soirée entre amis s’est transformée en une véritable aventure créative, mais aussi de son travail acharné, de son rapport à l’indépendance, des dizaines de projets déjà programmés jusqu’en 2029, et de cette quête sans fin du “son parfait”. Une discussion riche, sincère et inspirante.
Bonjour tout le monde, on se retrouve ici avec Fred, alias Geisha Skills. Comment vas-tu ?
Et mon dieu, ça va très très bien ! Beaucoup, beaucoup, beaucoup d'actu musicale… mais c’est ce qu’on aime.
Et justement, ton projet principal du moment, c’est évidemment Panic! On The Radio.
Ouais, ça marche plutôt pas mal sur les plateformes de streaming.
C’est ce que j’ai vu : les chiffres montent bien !
Oui, ça a bien fonctionné. Les gens ont été réceptifs et ils ont adhéré au concept : cette histoire d’attaque de zombies sur une émission radio avec les gars de l’Antre. La sauce a bien pris. Et on a une petite surprise mi-novembre : on tourne le clip du dernier morceau de l’EP.
On est donc sur un EP concept. Est-ce que tu peux me dire un peu comment t'es venu cette idée de concept et comment t'es venu cette histoire-là en particulier ?
C’est venu après un repas chez Chris, des gars de l’Antre, avec Patknot. Il y avait une vraie énergie, un truc qui matchait. Dans la voiture, on était déjà en train d’imaginer une histoire, on parlait de zombies… ça allait à 10 000.
Le lendemain, j’appelle Pat avec deux morceaux ; puis un troisième ; puis j’avais les cinq morceaux de l’EP. Lui, il avait déjà posé l’histoire.
On a présenté ça aux gars de l’Antre : ils ont surkiffé. Ensuite, on a enregistré les morceaux. Et sans que les autres musiciens le sachent, on a été chercher des amis de l’Antre - chanteurs, chroniqueurs, musiciennes, l’ancien batteur de Scarlean qui a le Fatlab Studio… On les a fait jouer sur les morceaux comme featurings, mais en secret.
Ils n’ont découvert qu’en recevant le CD physique qu’ils faisaient partie d’une histoire autour de l’Antre… et qu’ils allaient tous tourner dans le clip ! La surprise était énorme. Et la boucle s’est bouclée.
C'est génial. Et ce que j'aime beaucoup aussi, et ce qui est important à préciser, c'est que si on écoute l'album sur les plateformes, on a les musiques qui s'enchaînent, mais sur le CD lui-même, on a toute l'histoire.
Exactement. Sur les plateformes, les morceaux sont en anglais, et tu peux les écouter dans n’importe quel ordre : ils se suffisent à eux-mêmes.
Sur le CD, tu as des scénettes entre chaque morceau, qui relient toute l’histoire. Il y a même un petit morceau caché.
En tout, ça fait 11 parties, alors que les plateformes n’en ont que 5.
Tu vis ça comme une émission de radio qui démarre, avec l’attaque de zombies. Ils se déplacent de lieu en lieu, et chaque morceau correspond à un endroit précis. Fin du morceau, scénette, nouveau lieu… jusqu’à l’endroit final, qui sera dévoilé dans le clip.
C’est magique.
Oui, des fois notre cerveau fume, mais là ça a bien pris ! (rires)
Je me souviens que quand tu m'en as parlé, ça faisait déjà un moment que tu travaillais dessus. Ça fait à peu près combien de temps que tu es sur ce projet-là ?
La première pierre doit dater d’un an et demi.
Mais la création en elle-même a été très rapide : Pat est un parolier et un chanteur qui bosse ultra vite. Je lui envoie deux morceaux dans la journée, quelques jours plus tard il a déjà tout écrit et tout enregistré. Quand tu bosses avec quelqu’un qui est sur la même longueur d’onde que toi, ça va très vite. Ce qui aurait pu être un délire de repas arrosé est devenu un vrai projet en quelques jours.
Et Nath et Chris de l’Antre, pareil : leur cerveau fuse. Ils avaient déjà l’univers visuel, les scénettes, les raccords. Quatre cerveaux dans la même direction, ça fait de la magie. Après, le temps que les distributeurs, les agendas, le tournage du clip… ça fera presque deux ans.
En soi, ce n’est même pas tant que ça pour un projet de cette ampleur.
Moi je trouve ça très long, parce que j’ai l’habitude de travailler seul. Quand je suis seul, une idée peut prendre une journée, une semaine, mais c’est moi qui contrôle tout.
Là, tu dépends des gens - qui ne sont même pas censés être au courant ! Et qui ont des agendas blindés.
C’est frustrant, drôle, formateur.
Excuse-moi, parce que depuis tout à l'heure, j'ai envie de rire, parce que tu m'as dit que Pat bossait très vite et je me souviens que lors de nos premières interviews, tu rigolais parce que tu disais qu'il mettait toujours trois semaines à t'envoyer ses pistes.
(rires) Oui, Pat a cette particularité : il met parfois énormément de temps à se lancer, mais une fois qu’il est parti, tu ne peux plus le rattraper. On vient de finir l’EP Sayan. Les deux derniers morceaux sortent en novembre-décembre. Il m’a fait les deux enregistrements dans la même journée… alors que les morceaux datent d’il y a trois ans !
Il peut écrire un EP complet en quelques jours, comme il peut te laisser une demande en attente pendant trois ans. C’est Pat. Et on fait de grands écarts ensemble : un EP Viking, un projet New Orleans metal avec une autre chanteuse, un EP tech metal ultra moderne, un projet avec une violoncelliste, etc. Là on prépare Arca, qui sortira à partir d’avril 2026.
Vous en avez des projets ensemble !
Beaucoup. Tu veux toute la liste ?
Allez, balance !
Alors… (rires)
– L’EP Tourne Succubus avec Sarah / Dark Lilith (Indus / Metalcore).
– Le premier morceau du projet Viking avec Nexus, qui démarre le mois prochain.
– On termine Sayan avec Pat (physique début 2024).
– L’EP Cthulhu avec Pat et Sarah, pour 2025.
– Un album complet avec Pat et Sarah en metalcore, peut-être en français ou en latin.
– Arca, avec Pat et Gaël (Mundil Fari) : techcore / metalcore ultra moderne.
– Un EP déjà composé avec l’ancienne chanteuse de Mundil Fari (style Evanescence moderne).
– L’EP Métabaron, avec Brice : il reste deux morceaux, sortie physique prévue 2027.
– Deux feat avec des chanteuses, dont une dans un style hardcore old-school façon Kickback.
Et tout ça, c’est déjà composé - j’attends juste les voix. Le planning est plein jusqu’à 2029.
Comme d’habitude, tu prépares tout longtemps en avance. Aussi parce que t'en as toujours beaucoup en même temps.
Oui, mais c’est ce que j’aime : changer d’univers, travailler beaucoup.
Il y a des morceaux que j’ai écrits il y a un an et demi et que je rejoue maintenant : je rejoue tout différemment, plus violent, plus travaillé… Certains morceaux ont été refaits 5, 6, 10 fois. Ça aurait pu faire 10 morceaux différents. C’est la quête du son parfait, le plus violent, le plus énorme. Elle ne s’arrêtera jamais.
La musique c'est de l'art et l'art c'est aussi pouvoir se challenger, pouvoir essayer de nouvelles choses et expérimenter.
Exactement. L’indépendance te permet de faire ce que tu veux. Si demain j’ai envie de faire un morceau de bossa, je le fais. Le revers : tu fais tout, tout seul. Guitariste, bassiste, batteur, mixeur, arrangeur, graphiste, community manager… Et les réseaux sociaux, mon dieu… c’est ce qui me prend le plus la tête. La viralité n’existe plus : tout est payant. Les majors mettent 150 000 € dans la promo, remplissent les playlists Spotify, touchent 10 millions d’auditeurs. Toi, tu fais de ton mieux, tu postes tous les jours… et tu touches 400 personnes. Les cartes sont biaisées. Mais tu fais avec ce que tu as.
Aujourd’hui, beaucoup d’artistes se tournent vers l’indépendance pour des raisons créatives ou budgétaires dorénavant.
Oui. Les labels veulent du formaté, du rentable. Ils seraient contents d’avoir 14 Slipknot dans leur catalogue. L’indépendance, c’est la liberté. Mais aussi la difficulté.
Et le live, ça ne te tente plus ?
Non. Je suis vieux maintenant. (rires) Quand j’étais jeune, oui : je vivais pour ça. On tournait beaucoup, c’était incroyable. Aujourd’hui, ma priorité, c’est ma femme, ma fille. Faire de la musique, savoir qu’elle est écoutée partout sur la planète, ça me suffit. Peut-être qu’un jour, pour un truc spécial, je remettrai la sangle. Mais pas maintenant.
Pour conclure, j’aimerais revenir sur cette aventure avec l’Antre. Parce que c'est vraiment toute une aventure et ça a permis de ramener plein de gens ensemble qui ne se connaissaient pas forcément ou qui avaient entendu parler les uns des autres. Et du coup, je trouve ça beau parce que la musique est faite justement pour se rapprocher. C'est un langage universel et via ce projet, tu as montré encore une autre facette de la musique qui permet de rapprocher les gens.
Je ne l’ai pas fait pour rapprocher les gens, mais pour réunir des potes. Être indépendant, c’est pouvoir travailler avec qui tu veux. Et tous les gens avec qui je fais des feats sont des personnes que j’apprécie. Ça paraissait logique de faire un projet avec l’Antre, parce que ce sont de belles personnes, et qu’on a un vrai feeling. Et puis toi aussi tu fais partie du projet : tu seras dans le clip, tu es sur la pochette, tu es un personnage de l’histoire. C’était normal que tu sois là : depuis le début, tu as été super bienveillante. Donc voilà : on a fait quelque chose qui sort un peu de l’ordinaire, avec les gens qu’on aime bien. Merci. Ce sera la fin de notre interview, merci beaucoup Frédéric ! (rires)
Franchement merci, ça me touche beaucoup d’être incluse dans ce projet.
Ce qui est drôle, c’est que la plupart des gens qui streament ne sauront jamais qu’il y a tout un univers autour. On est énormément streamés aux États-Unis, Amérique latine, pays de l’Est, pays du Nord… Alors que l’histoire, elle, est française ! Le CD est parti un peu en Europe, mais pas du tout aux États-Unis. C’est marrant de voir que ça marche super bien alors que les gens n’ont pas les clés de l’histoire.
C’est la beauté de la réception artistique.
Exactement. Comme quand je sortais des instrus et que Jen cherchait les significations derrière. Ce projet, c’est pareil : si tu connais les clés, tu vois plein de détails, de clins d’œil. Sinon, tu profites juste de la musique ou du clip. Les deux lectures existent.
Merci beaucoup Fred d’avoir pris le temps !
Avec un immense plaisir. C’est toujours un plaisir de travailler avec vous.





