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Interview : Eden Bisiot

LAFAYETTE

LAFAYETTE

Juillet 2026

LAFAYETTE : « This Prison In Me », un EP qui transforme les prisons intérieures en force

À peine formé, LAFAYETTE s'impose déjà comme l'un des nouveaux noms les plus prometteurs de la scène metal française. Avec This Prison In Me, le groupe livre un premier EP aussi ambitieux qu'éclectique, où se croisent metal extrême, rock, influences modernes et mélodies aériennes.


À l'occasion de cette sortie, nous avons pris le temps d'échanger longuement avec le groupe sur la naissance de LAFAYETTE, leur façon très libre de composer, l'arrivée d'Olivier au chant, les thèmes profondément introspectifs de This Prison In Me et leur vision d'une scène où le partage reste au cœur de tout. Une conversation passionnante qui dépasse largement le simple cadre promotionnel.

Bonjour tout le monde, on se retrouve aujourd’hui avec LAFAYETTE ! Comment allez-vous ?


LAFAYETTE - Très bien ! Il fait chaud au local, mais ça va bien se passer. (rires)



Vous avez plusieurs actualités en ce moment, mais j'aimerais d'abord revenir sur la création du groupe. Comment est né LAFAYETTE ?


Flo – Au départ, il y avait Julien, Jiben, notre bassiste, et moi. On jouait à l'époque dans des groupes de metal extrême, In Arcadia et It Came From Beneath, qui arrivaient un peu en fin de parcours, comme s'ils avaient atteint un plafond de verre. On avait envie de renouveau, alors on s'est appelés et on s'est dit : « Et si on montait un nouveau groupe ? » L'idée, c'était de changer un peu d'influences, de style, et c'est comme ça que LAFAYETTE est né. On a démarré vers la fin de l'année 2023.


Julien – Ce qui était sympa, c'est qu'on avait déjà eu plein d'occasions de jouer ensemble avec nos anciens groupes respectifs. On est vraiment amis depuis des années. Quand l'opportunité de monter un projet avec Flo s'est présentée, (surtout qu'on se voit énormément en dehors de la musique) c'était hyper excitant de se lancer dans quelque chose ensemble. Le mot d'ordre, dès le départ, c'était de ne pas s'imposer de ligne directrice ni de limites. On voulait simplement exploiter les envies et les points forts de chacun.



Pourquoi ce nom ? Pourquoi LAFAYETTE ?


Olivier – Dommage qu'on n'ait pas le temps d'en parler ! (rires)


Flo – En fait, ça a démarré comme pour tous les groupes : au début, tu brainstormes un peu et tu te demandes quelles sonorités tu recherches. Dès le départ, on voulait un nom ou un prénom, quelque chose dans cet esprit-là, mais en français.


Julien – On avait envie de quelque chose qui reflète le fait d'être Français, mais sans que ça fasse chauvin. On voulait un nom pétillant, qui puisse aussi résonner dans les pays anglophones, et surtout aux États-Unis.

Je ne sais pas si tu connais la série True Blood. Il y a un personnage qui s'appelle Lafayette, qui est l'un de mes personnages préférés de la série. 


Je le trouve juste incroyable. Il y avait aussi toute cette ambiance du bayou, ce côté complètement déjanté, où tu mélanges tout ce qui est possible de mélanger dans un seul personnage.


On réfléchissait déjà à plusieurs propositions de noms, puis Lafayette est arrivé. Et là, on s'est dit qu'il avait ce côté fédérateur. Pour nous, c'est un peu le nom de famille de toutes les personnes qui nous rejoignent et qui travaillent avec nous : les ingénieurs du son, les vidéastes, le public...

LAFAYETTE, c'est nous, c'est vous, c'est tout le monde. Tous ceux qui aiment LAFAYETTE et qui font avancer le projet sont, d'une certaine manière, des LAFAYETTE eux aussi.


Flo – Oui, il y a vraiment ce côté nom de famille. Ce n'est pas un prénom qui représente une seule personne, quelque chose de plus individuel. Là, on est sur une notion de famille, de collectif. Et pour toutes ces raisons, quand ce nom est ressorti... Tu sais, parfois, pendant un brainstorming, il y a une idée qui arrive et tout le monde se regarde en se disant : « En fait, ça coche toutes les cases. »


Julien – C'est un peu comme le masque de V pour Vendetta, qui est ensuite devenu celui des Anonymous. À la base, il est lié à quelque chose de précis, mais au final, il est vidé de son sens premier pour devenir un symbole.


Pour nous, c'est pareil avec LAFAYETTE. Il y a évidemment le marquis de Lafayette : le voyage, le lien entre la France et les États-Unis, l'aventure... Il y a tout un imaginaire autour de ça, un côté rassembleur. En tout cas, c'est comme ça qu'on le ressent et qu'on le porte aujourd'hui. Et maintenant, c'est devenu notre nom. Bon... même s'il y a quelques boulangeries Lafayette à Lyon. (rires) Un jour, on récupérera les droits !


Flo – Les Galeries Lafayette aussi !


Julien – Et la Pharmacie Lafayette est à deux pas de chez nous. D'ailleurs, ils ne nous ont même pas fait de réduction, je leur ai pourtant demandé ! (rires)



Vous avez déjà un son avec énormément d'influences et une solide expérience de la scène, ce qui est assez rare pour un jeune groupe. Selon vous, quelle est aujourd'hui votre plus grande force en tant que groupe émergent ?


Flo – Il y a déjà un aspect très logistique : le volume de sorties. Aujourd'hui, on est extrêmement prolifiques. Je pense que c'est quelque chose qu'il faut souligner, pas forcément sur le plan artistique, mais vraiment sur le rythme auquel on sort de la musique. On a énormément d'idées, on passe énormément de temps ensemble, et ça fait une vraie différence par rapport au reste de la scène. C'est vrai qu'on a un volume de sorties assez conséquent.


Julien – C'est vrai qu'on ne s'arrête jamais. Même quand on est en train de finaliser le mix d'un morceau, on est déjà en train d'enregistrer les suivants, qui seront mixés ensuite, tout en composant les prochains. Il y a une espèce de roulement permanent des idées, ce qui fait qu'on s'affirme aussi assez vite.


Il n'y a pas ce côté où tu prends une photo du groupe à un instant T, tu sors quelque chose, puis tu restes deux ans sans évoluer ou sans proposer de nouveautés. Nous, on a constamment envie de sortir de la musique.


Ce que j'avais beaucoup aimé, c'était la proposition de Flo au début : s'inspirer un peu de ce que font les artistes hip-hop. Dans le hip-hop, tu peux sortir des morceaux très différents les uns des autres. Tu peux avoir une bande-son très orchestrale, puis le morceau suivant avec juste un beat, et ça fonctionne. Ensuite, ils regroupent parfois ces titres dans des mixtapes. Ça paraît complètement normal dans ce milieu-là, alors que dans le métal, c'était beaucoup moins courant.


Du coup, on s'est dit qu'on allait sortir des morceaux régulièrement, puis, si les gens en avaient envie, les regrouper ensuite dans une sorte de recueil. C'est un peu ce qu'on est en train de faire au fur et à mesure.


Flo – Ça, c'est pour la partie logistique. Après, il y a évidemment la partie artistique, qui reste le plus important. Aujourd'hui, je ne sais pas s'il y a une chose qui nous distingue complètement des autres groupes. En revanche, je pense que nos influences font une vraie différence.


On a un bagage qui vient autant du métal le plus extrême, vraiment la frange la plus extrême du death et du black metal, avec lesquels on a grandi, que d'influences beaucoup plus mélodiques, qui ont notamment été renforcées avec l'arrivée d'Olivier, et qui viennent davantage d'une scène plus mainstream, plus chantante.


Julien – Et il y a aussi tout le côté rock. C'est là où on s'est vraiment retrouvés avec Olivier, et c'est super agréable, parce qu'on partage tous cette affection pour ce style. Du coup, tu peux te retrouver avec un refrain qui sonne presque comme Soundgarden juste après un couplet qui flirtait avec l'Oceano. Et ça, c'est vraiment très cool à faire. Je pense que notre force est peut-être là aussi : ce grand écart complètement assumé.


Flo – Quand on a sorti This Prison In Me, qui est l'une de nos dernières sorties, on a eu autant de personnes qui nous ont dit que ça leur faisait penser à Muse que d'autres qui y entendaient des influences de Lorna Shore.


Et justement, je pense que notre force artistique est là : être capables de naviguer entre toutes ces influences sans se fermer aucune porte. On peut commencer un morceau avec une couleur très rock, tout fracasser au milieu en basculant vers quelque chose d'extrêmement violent et sombre, puis revenir sur des refrains avec des envolées presque lyriques.


Olivier a une tessiture très haute qui nous permet d'aller chercher des sonorités en voix claire qu'on ne retrouve pas chez un groupe comme Lorna Shore, et même dans très peu de groupes de métal extrême. C'est vraiment ce grand écart qu'on est déjà en train d'explorer aujourd'hui, et qu'on va probablement pousser encore davantage sur les prochains morceaux.


Vous avez récemment sorti l'EP This Prison In Me. Pour vous, quelle étape représente-t-il dans le parcours de Lafayette ?


Julien – Pour moi, c'est vraiment l'EP où on commence à ancrer les couleurs de LAFAYETTE. Sur ces quatre titres, on retrouve pleinement ce qui nous définit, ce qu'on aime et ce qu'on veut faire. On va beaucoup plus droit au but artistiquement, et je m'y retrouve davantage. 


Évidemment, l'arrivée d'Oliv' y est pour beaucoup. On a eu une vraie rencontre musicale avec lui. On s'est retrouvés sur les styles, les harmonies, notre façon de composer... On a vraiment eu l'impression que toutes les planètes se sont alignées. Cet EP marque, pour moi, un véritable passage à l'étape supérieure, et il porte déjà la suite que l'on est en train de préparer.


Flo – Il y a toujours ce petit côté "examen final" quand on sort un EP. Tu passes des mois à travailler les morceaux, préparer les visuels, les clips, toute la communication... Puis, une fois qu'il est dehors, tu te dis : "Cette pierre-là est posée." Nous, on regarde déjà vers ce qui arrive en fin d'année, mais en prenant du recul, cet EP est quand même très particulier. 


C'est le premier avec Oliv', donc il a une vraie importance dans l'histoire du groupe. Il a pu pleinement s'y exprimer. Faire entrer quelqu'un dans un groupe, c'est très intime. On passe énormément de temps ensemble, quasiment tous les jours. Cet EP nous a aussi permis de vérifier ce qu'on était capables de construire à quatre. On connaissait les qualités d'Oliv', on avait eu un vrai coup de cœur humain et musical, mais tant que tu ne sors pas des morceaux, tu ne sais jamais si la magie va vraiment opérer. 


Finalement, cet EP nous a permis de consolider cette nouvelle formation. Je pense même qu'il est peut-être encore plus important pour le groupe qu'on ne le réalise aujourd'hui.


Julien – C'est aussi l'un des rares projets que je prends encore autant de plaisir à réécouter. En général, quand tu as entendu tes morceaux des milliers de fois pendant leur création, tu finis par ne plus pouvoir les écouter. Là, au contraire, je continue à les réécouter avec beaucoup de plaisir. Chacun a apporté énormément de choses, et je pense que c'est aussi pour ça que cet EP me parle autant.


Flo – Et toi, Oliv', tu en penses quoi ? Parce que c'était un peu ton examen de fin d'année finalement !


Olivier – (rires) Oui, complètement. Ça faisait longtemps que je n'avais pas enregistré quelque chose, donc c'était déjà un moment important pour moi. En plus, j'arrivais dans un groupe qui avait déjà une vraie dynamique. Avec le changement de chanteur, on pouvait forcément se poser des questions sur l'avenir du groupe, donc il fallait montrer que Lafayette continuait d'avancer avec la même ambition. Heureusement, tout s'est fait très naturellement. On avait énormément d'idées, ça fonctionnait très bien entre nous, que ce soit pour les textes ou les compositions. 


Aujourd'hui, on est vraiment très contents de cet EP, et ça nous permet d'aborder la suite avec beaucoup d'enthousiasme.



Et toi Olivier, comment tu t'es senti en rejoignant le groupe ?


Olivier – Franchement, dès qu'on a joué le premier morceau, le feeling est passé immédiatement. Je me souviens que c'était sur Forever Yours, qui était un peu le single du moment.


Julien – Et ce n'était pas le morceau le plus simple ! (rires) Oliv’ est arrivé en disant : « Bon, on commence par celui-là. » On s'est regardés en mode : « OK... »


Olivier -- (rires) Oui, c'est ça. Il y a plein de groupes de metal qui savent faire des passages très brutaux, mais ce qui m'avait vraiment marqué chez Lafayette, c'était la qualité des mélodies qu'ils avaient déjà. Tout l'enjeu était de voir si ça fonctionnait avec ma voix. Donc autant attaquer directement avec Forever Yours. On s'est dit : est-ce que ça marche ou pas ? Et finalement, ça l'a fait tout de suite. Le feeling entre nous était immédiat. En plus, on avait le Sylak Festival qui arrivait un mois plus tard, donc on s'est dit : « Allez, on y va ! » C'était vraiment une super expérience.



Vous vous connaissiez déjà avant ou tout s'est fait à ce moment-là ?


Olivier – Je connaissais déjà Julien. On s'était croisés quelques années auparavant dans une école de musique par laquelle on était tous les deux passés. En revanche, Flo et Jiben, je les connaissais simplement de vue, on ne s'était jamais vraiment parlé. Il y a donc eu une vraie rencontre lors de cette première répétition.


Julien – Et surtout, celui qui a eu l'idée de génie (et on le remercie encore aujourd'hui), c'est Sylvain Sarrobert, le bassiste de Sidilarsen. C'est un très bon ami à nous deux, lui aussi passé par cette fameuse école. Quand je l'ai appelé pour lui demander s'il connaissait un chanteur ou une chanteuse, parce qu'on était ouverts à toutes les propositions, il m'a simplement répondu : « Mec... Oliv’. » Je lui ai demandé s'il avait d'autres idées, et il m'a dit: « Oliv’. » (rires) Alors je l'ai appelé en lui disant : « Sylvain m'a parlé de toi. » Il est venu à la répétition... et la suite, on la connaît.


Olivier – Tout s'est fait très naturellement, au bon moment. Franchement, on ne pouvait pas rêver mieux.



Vous parliez justement de la différence des influences au sein des membres du groupe. Comment est-ce que vous arrivez à mélanger tout ça en studio ?


Flo – On n'y arrive pas. (rires)

Franchement, on a une approche assez basique. Des fois, il y en a un qui lève la main et qui dit : "OK, là j'ai une idée." Si c'est bien, on garde. Si ce n'est pas bien, on dégage.


En fait, ça se passe aussi simplement que ça. Franchement, on ne se pose jamais mille questions. Si c'est bien, on garde. Si ce n'est pas bien, on enlève. Après, bien évidemment, il y a du débat, comme dans tous les groupes, je pense, mais...


Julien – En fait, on part d'une base. J'essaie de composer pas mal de maquettes chez moi, mais sans figer quoi que ce soit. C'est là que ça débouche sur les meilleures idées.


Et après, justement, quand on se met tous à travailler sur un morceau, c'est là que réside la force du groupe. Typiquement, sur Hell For Leather, qui est sur l'EP, Flo m'a tout de suite dit : "Non mais attends, regarde, le refrain, ou en tout cas ce qui fait office de refrain, ce serait trop cool de le mettre dès l'intro."


Jiben, lui, a un énorme talent pour tout ce qui est sound design et électro, c'est vraiment son univers. Il va dire : "Attends, on va virer toutes les guitares, on va faire ça autrement, je vais le faire façon jungle."


Ce qui est génial avec cette manière de bosser, c'est qu'on travaille beaucoup en impro. C'est énorme. Avant, on ne fonctionnait pas comme ça. Du coup, on fait plusieurs passes sur le morceau et il teste plein de choses.


Le refrain de Hell For Leather, par exemple, il l'a sorti quasiment tel quel. À un moment, il nous l'a pondu d'un coup, avec le "666" qu'on entend dans le refrain. C'est sorti en une seule prise.


Du coup, il y a vraiment un effet de ping-pong permanent entre tous les membres du groupe. Ça nous amène parfois à supprimer des parties pour en composer d'autres. Flo, Olivier ou n'importe qui peut dire : "Finalement, moi, derrière, je verrais bien un passage comme ça, puis revenir sur ça." Je trouve que c'est une façon de travailler plus mature que ce que j'avais connu dans mes anciens projets. Avant, tu étais chez toi, tu écrivais des riffs, tu les enchaînais et basta.


Là, il y a un côté où personne n'est là pour faire une démonstration de guitare, de batterie ou autre. On cherche uniquement à faire des choses qui servent le morceau. Et dès qu'on se dit : "Waouh, ça, ça fonctionne ! Ce break à cet endroit-là, il claque !", on le tente, on le fait.


C'est un peu pareil pour les différents styles de chant. En fait, tout se construit comme ça. Vraiment, on s'amuse.


Olivier – On bosse beaucoup ensemble, en fait. Plutôt que d'aller chacun de notre côté chercher des idées pendant des heures... Moi, je pourrais me mettre dans un coin à écrire mes textes pendant des heures, pour qu'au final, ça ne corresponde pas vraiment à ce qu'on voulait faire.


Là, on improvise. On se dit : "Putain, ça, ça pète ! C'est cool !" OK, on garde. Après, bien sûr, je vais quand même retravailler certaines choses chez moi, mais la base, elle se construit ici, au local, tous ensemble. Et je trouve que ça nous permet d'aller tous dans la même direction.


Flo – La base est vraiment construite ensemble. Ensuite, tout ce qui est peaufinage, les petits ajustements et tout ça, chacun le fait un peu de son côté. On revient avec des idées, on les propose. Si ça plaît, on garde. Si ça ne plaît pas, on dégage.


Julien – Et après, il y a encore l'effet ping-pong. Souvent, il y a quelqu'un qui propose un truc à la dernière minute et on se dit : "Putain, ça part au mix demain !" Et pourtant, c'est littéralement ce qui nous arrive sur chaque morceau. On finit toujours par dire : "Ouais... mais quand même, ce changement, il est banger. Bon, allez, let's go !" Et là, on renvoie tout à Bastien Renon, avec qui on travaille. Maintenant, il a l'habitude... Il a compris qu'on était des relous. (rires)



J'entends souvent les groupes me dire que, lorsqu'ils entrent en studio, ils laissent leur ego à la porte. Pour vous, c'est pareil ?


Julien – C'est exactement l'inverse. Moi, je me sens plus puissant. (rires)


Olivier – Après... je suis un peu d'accord.


Flo – Non, mais nous, il y a aussi le fait qu'on fait tout chez nous. Ça change beaucoup de choses. Aujourd'hui, notre processus de production est complètement autonome : on réalise tous les enregistrements à la maison.


Bastien, de Headquarter Corp, s'occupe du mix et du mastering, mais tous les enregistrements sont faits chez nous. Du coup, l'ambiance est beaucoup plus détendue.


Aujourd'hui, on a les capacités techniques pour le faire nous-mêmes, donc on a peut-être moins cette sensation de passer un examen quand on enregistre. On est aussi beaucoup moins contraints par le temps.


Olivier – On s'amuse.


Julien – Ça nous permet d'être beaucoup moins dans le contrôle. On ne se dit pas : "Bon, OK, là, il faut absolument être hyper concentrés." On peut davantage délirer. Parfois, il y a même une erreur, un vieux couac, et on se dit : "En fait, il est cool ce couac." Alors on le garde.


Olivier – On n'a pas un studio qu'on paie à la minute ou à l'heure, donc on n'a pas cette pression du temps. Franchement, c'est pratique.


Flo – On peut tester plein de choses. Des fois, on passe une demi-journée à expérimenter un truc et, au final, on ne garde rien. Mais justement, ça nous permet d'explorer beaucoup plus d'idées.



Alors, j'aimerais revenir une minute sur l'EP, parce que j'ai vu qu'il y avait un titre éponyme. Lequel est arrivé en premier : le morceau ou le nom de l'EP ?


Julien – Le morceau. On va être honnêtes.



Comment ce titre est-il finalement devenu celui de l'EP ?


Olivier (à Julien) – C'est toi qui l'as trouvé.


Flo – Le titre de la chanson, c'est une histoire en soi. On va peut-être commencer par ça.


Julien – Pour faire la version la plus courte possible. Je vis avec des TOC depuis que j’ai 18 ans. Je suis vieux... enfin, plus vieux. Je ne donnerai pas mon âge, mais ça fait très longtemps que j'en ai.


Quand cette musique est née, avec Oliv', on a commencé à discuter des thèmes qu'on pouvait aborder. Il m'a demandé ce que je ressentais en écoutant ce riff, cette mélodie que j'avais composée. Je lui ai expliqué que, pour ce morceau en particulier, c'était quelque chose de très personnel.


Quand on vit avec des TOC, il y a cette sensation très particulière d'être sa propre prison. Parce qu'au fond, on est les seuls à en avoir la clé. On sait parfaitement que ce que l'on fait est absurde quand on vérifie un interrupteur trois fois ou qu'on retourne vérifier sa voiture plusieurs fois. Je me suis même déjà fait contrôler par la BAC parce qu'ils pensaient que j'étais en train de voler ma propre voiture... alors que je vérifiais simplement, pour la sixième fois, qu'elle était bien fermée.


C'est terrible parce qu'on est à la fois le seul à pouvoir se libérer... et son propre geôlier.


Le titre This Prison In Me, je l'avais déjà trouvé avant même qu'il y ait des paroles, parce que c'était exactement la sensation que j'éprouvais.

Ensuite, Oliv' est parti de cette idée et il a fait un travail incroyable sur les paroles pour retranscrire ce sentiment. On en a énormément parlé aussi. Comme on apprenait à se connaître à ce moment-là, ça nous a permis d'aller vraiment au fond du sujet.


J'en profite d'ailleurs pour le redire avec plaisir : dans ce groupe, on parle de tout ouvertement. On est vraiment comme une famille. Je sais que, même si je peux avoir des comportements qui paraissent étranges ou vivre des moments compliqués, je ne serai jamais jugé. Au contraire, je sais que j'aurai toujours leur soutien.


Enfin, c'est comme ça qu'est né le titre de la chanson.


Et ensuite, je pense que ça a naturellement guidé toute l'écriture des paroles. Je ne veux pas te voler tes mots, Oliv', mais ça a amené tous ces thèmes autour des choses dont on cherche à se libérer. Au fond, cette libération ne dépend que de soi. Il y a ce moment où l'on ouvre les yeux, où l'on se dit : « J'ai grandi, je suis dans une vie qui ne me correspond peut-être pas vraiment », et où l'on ressent le besoin de briser ses chaînes.


Finalement, chaque morceau parle d'une forme de libération différente.


Olivier – Oui, exactement. Cette prison peut représenter beaucoup de choses. Ça peut être des TOC, mais aussi simplement de la timidité, le fait de ne pas oser dire ce que l'on pense, ou n'importe quel blocage personnel.


Je pense qu'on a tous, à notre manière, une petite prison intérieure. Et derrière, il y a toujours cette envie de s'en libérer.


Julien – Oui, c'est exactement ça. À partir de ce thème, il y a un véritable fil conducteur qui s'est construit sur tout l'EP.



J'allais justement y venir. Est-ce que, pour vous, cet EP raconte une histoire, transmet un message, ou est-ce davantage une expérience à vivre à l'écoute ? Ou un peu des deux ?


Julien – Oui, c'est un peu les deux. C'est assez facile de répondre à cette question. Au niveau des paroles, il y a vraiment un côté introspectif, parce qu'on y met forcément une part de nous-mêmes. En réalité, on aborde quatre visions différentes de ce qu'est une prison intérieure.


Le premier morceau parle davantage d'une prison mentale, avec quelqu'un qui vit une sorte de dédoublement de personnalité et qui finit par se détruire lui-même avant, finalement, de sortir de cet état.

This Prison In Me, on en a déjà parlé. Quant à Hell For Leather, l'idée est plutôt de se libérer des carcans d'une vie un peu morose, qu'on n'a pas vraiment choisie mais qui s'est installée presque toute seule. Le temps passe, et arrive ce moment où l'on ressent une forme d'urgence, le besoin de faire quelque chose de sa vie.


Finalement, je pense que cet EP se construit autour de cette idée-là : quatre chapitres qui offrent chacun un regard différent sur le fait de vouloir s'extraire d'une condition qui nous enferme.


Musicalement, en revanche, je trouve que c'est là qu'on retrouve vraiment l'identité de Lafayette. C’est ce qu’on aime faire. Il y a quatre morceaux, quatre ambiances totalement différentes.


Parfois, même avec des groupes dont je suis un immense fan, j'arrive au troisième morceau en ayant l'impression de réécouter les deux premiers. Pourtant, tout est réussi : la production est excellente, les riffs sont bons, les voix aussi... mais à un moment, tu as compris la recette, tu sais où ça va, et tu finis par t'ennuyer.


Nous, on préfère prendre le risque que les gens se disent : "Mais qu'est-ce qu'ils sont allés faire avec un morceau pareil au milieu de l'EP ?", plutôt que d'entendre : "Celle-là est juste une redite de la précédente." On préfère largement assumer cette prise de risque.


Olivier – Malgré tout, il n'a pas été pensé comme un concept album. Mais au final, il y a beaucoup de convergences entre les morceaux.



Justement, pour revenir sur This Prison In Me... Ce n'est pas qu'on ne soit pas habitués à vous entendre sur des passages plus doux, mais ce n'est quand même pas ce qu'on retrouve le plus dans votre répertoire. Pourquoi avoir choisi de démarrer ce morceau de manière aussi calme ? Vous parliez tout à l'heure de votre envie d'élargir votre palette de sonorités.


Olivier – Déjà, c'est venu très naturellement. Je venais d'arriver dans le groupe et on était en résidence pendant deux jours. À un moment, le temps que tout le monde s'installe sur scène, on attendait un peu... et Julien s'est mis à jouer ce début-là.


Julien – Oui, c'est ça. Le rythme principal du début, avec le petit arpège, est vraiment venu tout seul. Il s'est posé naturellement sur la batterie. Et puis, le fait qu'on construise tous ensemble le morceau autour de cette idée a donné ce crescendo que tu ressens aujourd'hui.


Après, je pense aussi que ça ne nous a jamais posé de problème d'assumer ce genre de contraste. Évidemment, chacun a ses influences, mais moi, j'ai grandi avec Metallica. J'ai été complètement biberonné à cette idée qu'un album puisse être extrêmement brutal -enfin, brutal pour l'époque-, rapide, sans concession... et qu'au milieu, tu puisses avoir une immense balade en guitares claires qui monte progressivement en intensité. Pour moi, ça a toujours été quelque chose de parfaitement naturel.


Du coup, on s'est lancé dans cet exercice. Ça n'a pas été simple, ni au niveau de la composition ni des arrangements. Il y a eu énormément de travail et d'itérations pour réussir à partir du point le plus doux possible et ne faire que monter en puissance, sans jamais casser ce crescendo.


Ça a été un vrai défi pour tous les instruments. Il y a eu énormément de travail, y compris après le mix et le mastering, pour conserver cette sensation de légèreté au début du morceau, puis la faire progressivement grossir jusqu'à la fin.


Flo – Et ça est allé jusqu'à l'apprentissage du morceau en répétition, puis en live. Il y a aussi toute une manière de le jouer. Tu ne peux pas tout envoyer dès le début.


Techniquement, cette chanson n'a vraiment pas été simple. Que ce soit dans la composition, le mix, l'apprentissage, ou même dans la réflexion autour de sa place dans la setlist, ça a demandé énormément de travail. On s'est longtemps demandé où la placer en concert. Il y a eu beaucoup de réflexion autour de ce morceau, sur tous ces aspects-là.


Olivier – Et au final, tout est parti d'une jam. On a commencé à jouer dessus et, comme on le disait tout à l'heure : si on aime, on garde. On a aimé... donc on l'a gardé. Il y avait déjà cette approche sur Forever Yours, sur la sortie précédente, et moi, je trouvais ça vraiment cool d'avoir cette ouverture sur un morceau comme celui-là. Personnellement, quand j'écoute un album, j'ai besoin de ce genre de respiration. Ce petit moment qui permet ensuite de repartir sur autre chose.


Julien – Depuis le début, le mot d'ordre du groupe, c'est le contraste. Le contraste et le relief, à tous les niveaux. Que ce soit la noirceur d'un riff qui peut être suivie d'un passage très lumineux, ou le fait de passer d'un tempo très lent à quelque chose de beaucoup plus rapide.


On a la chance d'avoir Flo derrière la batterie, qui est capable de proposer des parties extrêmement techniques et très intenses. Oliv', c'est pareil avec sa voix. C'est ce qui est vraiment génial : ça nous permet de construire une sorte de montagnes russes permanentes.


L'objectif n'est pas forcément de surprendre l'auditeur à tout prix. C'est simplement de suivre ce que la musique nous inspire. À un moment, une ambiance appelle une explosion de brutalité ; à un autre, même nous, on ressent le besoin d'une respiration. C'est ce qu'on a envie de transmettre.


Ça vient aussi de nos influences très diverses. Un groupe comme Periphery n'a aucun problème à proposer de très longs passages calmes et détaillés. De mon côté, je suis aussi très marqué par The Dillinger Escape Plan, qui n'a jamais eu peur de placer une véritable ballade pop au milieu d'un album complètement chaotique.

Je pense que notre force, c'est justement de ne jamais nous imposer de limites.



Ce sera mon avant-dernière question. J'aimerais parler de la pochette de l'EP. Elle est très esthétique et particulièrement travaillée. En quoi représente-t-elle, selon vous, This Prison In Me ?


Julien – Déjà, elle a été réalisée par Aaron, @october_midnight sur Instagram.


On avait découvert son travail parce qu'il collabore aussi avec Amenra, et on avait vraiment pris une claque. On trouvait son univers incroyable.

Pour être honnête, on était aussi un peu pris par le temps. Ce n'était pas une commande très précise dès le départ. On regardait le travail de plusieurs artistes, on faisait défiler pas mal de portfolios... Et puis, quand on est tombés sur cette illustration, ça a été une évidence.


Cette silhouette contrainte, presque enfermée, fragmentée... Tu sens la cage thoracique comme comprimée. Il y avait vraiment cette sensation d'oppression, d'une personne perdue au milieu de quelque chose, alors qu'en réalité il n'y a pas de véritable barrière physique.


Il y avait cette espèce de fumée qui semble prête à s'échapper. Ça nous évoquait immédiatement cette envie de se libérer. Tout ça faisait directement écho au thème de l'EP.


Olivier – Oui, il y a ce côté presque squelettique du personnage. Tu as l'impression de voir à la fois son intérieur, tout en le voyant complètement éclaté. Ça représente vraiment très bien This Prison In Me. Ensuite, on l'a légèrement retravaillée.


Julien – Oui, mais uniquement sur quelques détails, notamment les couleurs, pour qu'elles correspondent davantage à notre identité visuelle. Mais tout le mérite lui revient.



Dernière question : est-ce que vous avez un message pour les gens qui vous écoutent ?


Flo – Écoutez-nous ! (rires)

Plus sérieusement, continuez à soutenir vos groupes. Continuez à soutenir votre scène. Aujourd'hui, si je repense à toutes nos anciennes formations, je crois qu'on n'a jamais ressenti un tel soutien du public que sur ce projet.


Je pense que les gens ne se rendent pas compte du temps qu'on investit dans un groupe, de l'argent que ça coûte, des sacrifices que ça demande. Tu passes tes jours de congé, tes vacances, enfermé dans ton local de répétition. Tu ne pars pas, parce que tu n'as ni le temps ni l'argent : il faut composer, travailler, avancer.


Je crois que les gens ne réalisent pas à quel point leur soutien est important pour nous. C'est vraiment l'une des choses qui nous porte le plus. Quand des gens viennent nous voir après un concert, quand on reçoit un message sur les réseaux sociaux... Parfois, quelqu'un nous écrit simplement :

"Aujourd'hui, je ne vais pas très bien. J'écoute vos chansons et elles me redonnent le sourire."


Et ça...


Julien – ...ça vaut bien plus que des milliers d'euros. Même si la banque, elle, ne le comptabilise pas.


Flo – Exactement. Les gens ne se rendent vraiment pas compte...


Julien – ...du pouvoir qu'ils ont pour faire grandir un groupe. Alors déjà, à tous ceux qui nous écoutent -et aussi à ceux qui nous suivaient déjà avant Lafayette- un immense merci.


Tous ceux qui viennent discuter avec nous après les concerts, c'est un bonheur immense. Ça nous rend sincèrement heureux. Je vous assure, on n'est pas blasés. Croiser quelqu'un qui porte un t-shirt Lafayette pendant un concert, pour nous, ça représente énormément.


Alors oui, si vous aimez un groupe, faites comme Flo l'a dit : soutenez la scène. Allez aux concerts. Laissez un commentaire, partagez un morceau, envoyez un petit message. Ça fait toujours énormément plaisir.


Flo – Oui, c'est ça. Passez au stand de merchandising après les concerts, ne serait-ce que pour dire : "Je vous ai découverts, c'était vraiment cool."


Julien – Même si vous n'achetez rien.


Flo – Exactement. Même sans rien acheter, venez juste nous dire : "Je vous ai découverts aujourd'hui, c'était super, à la prochaine." Rien que ça... c'est d'une puissance incroyable pour un groupe. Vraiment.


Julien – Rejoignez-nous dans la famille Lafayette ! On vous attend. Il y a de la place pour tout le monde !



Vous savez ce qu'il vous reste à faire !

Merci beaucoup de m'avoir accordé un peu de votre temps aujourd'hui. Félicitations pour ce nouvel EP, et je vous souhaite le meilleur pour la suite !


LAFAYETTE – Merci à toi ! C'était vraiment super cool. On te souhaite plein de belles choses pour la suite également !

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