À l’occasion de la sortie de Choices, leur deuxième album, nous avons rencontré Queen(Ares) pour discuter de leur évolution, de leur processus créatif et des thématiques qui traversent ce nouveau chapitre.
Entre tensions sonores, contrastes assumés et réflexions profondément humaines, le groupe construit une musique à la fois viscérale et habitée. Un album pensé comme un tout, où chaque détail - du son à l’intention - participe à une expérience sincère et immersive.
On a échangé avec Charly et Alex sur la genèse du projet, leur rapport à la scène, et cette envie de créer sans se fixer de limites.
Bonjour à tous, on est ici avec Charly et Alex du groupe Queen(Ares) !
Dans un premier temps, pouvez-vous nous expliquer l’origine du groupe, et de son nom ?
Alex - L’origine du groupe, c’est la rencontre entre moi, Alex, guitariste et Nico, notre batteur. On a commencé à s’entraîner. On a eu deux répèt’, après on a invité Max, puis Charly, et puis ça a commencé à faire un truc assez… C’était très naturel. L’une des seules directives, c’était de faire de la musique lourde, de se faire plaisir. Après, en se tirant un peu les uns les autres vers le haut, on a commencé à enregistrer plus sérieusement. C’était un genre qui a facilité pas mal de choses à l’époque. On a commencé avec un album, qu’on a balancé un peu comme une bouteille à la mer la première fois, en plein Covid ; magique d’un point de vue communication. (rires) Et puis on a pris tout ça comme ça venait, parce qu’encore une fois, sans recul, on a eu quelques dates, sans trop savoir où ça allait. Et là aujourd’hui, on est à Paris, on répond à plein de questions par rapport à la sortie du deuxième album.
On est donc là pour parler de Choices, qui sortira dans une semaine, le 27 mars. Comment vous sentez-vous ?
Charly - Je pense qu’il y a quand même une satisfaction d’arriver à la fin du processus. Parce que c’est quand même les premières idées qu’on s’échange, qu’on bosse chacun de notre côté, qu’on travaille ensemble, qu’on enregistre, qu’on mixe, qu’on envoie masteriser… Ensuite il y a toute la création visuelle autour, etc. Et au bout de trois ans, là, ça y est… c’est concret. On les a aujourd’hui, en physique, je trouve que ça concrétise vraiment quelque chose qui a demandé tant de travail ces trois dernières années. Et puis il y a aussi la joie de pouvoir jouer des nouveaux titres sur scène, avec des groupes copains. Donc ça va être chouette.
Et d’où vient le nom de l’album, Choices ?
Charly - En fait, le nom de l’album, c’est Max qui l’a trouvé. Ce que j’aime bien dire, c’est que c’est un mot trop simple, mais qui est hyper lourd de sens. Parce que ça parle de beaucoup de choses qui nous tiennent à cœur, autant les relations personnelles et sociales que des questions plus politiques, sociétales… En fait, le pouvoir de changement qu’on a là-dessus, ça peut être des toutes petites choses de la vie comme des choix de société. Donc c’est un mot simple, mais qui englobe énormément.
C’est un album qui tourne autour de réflexions assez humaines et sociétales… Pourquoi ces thèmes ?
Charly - Je pense que c’est des thèmes qui s'imposent dans le contexte actuel. Et en fait, la musique dicte beaucoup le processus d’écriture. On écrit tous les deux avec Max. Moi, dans mon processus, la musique me renvoie souvent des images mentales. Et c’est là-dessus que viennent les thématiques. Pour parler concrètement, il y a Exiles, par exemple, qui parle un peu de ce que serait une société post-effondrement : des petits groupes de gens en errance, avec à la fois le dénuement, quelque chose de très naturel… et en même temps toute la peur que ça implique.
Je sais même plus où je vais avec cette explication… Mais en tout cas, le concept vient avant, et ensuite le texte. Et en fait, même quand on parle d’effondrement civilisationnel, ça fait écho à des choses actuelles : la bulle de l’IA, les enjeux économiques, écologiques… On sent qu’on se rapproche d’un certain climax. Et puis il y a aussi Black Corridors, qui parle de la vie des mineurs dans le nord de la France. C’est un environnement qu’on a côtoyé pendant qu’on travaillait sur l’album, et ça nous a pas mal inspirés.
J’ai vu qu’il y avait trois lieux différents pour l’enregistrement. Comment ça a influencé l’album ?
Charly - En fait, ça, ce sont des questions qui sont un peu techniques… (rires) Il y a déjà des choses très basiques de disponibilité. On voulait un album qui sonne assez live, mais sans forcément l’enregistrer en prise live. Sur le premier album, on avait commencé les prises batterie dans un studio, mais on n’était pas contents du son. En fait, par rapport aux références qu’on s’était données, à l’image qu’on avait du son de batterie… on n’y était pas du tout. Du coup, on est allés enregistrer au Boss Hog Studio avec Clément Decroix, qui a une room batterie incroyable. Et là, pour le coup, quand on écoute l’album au casque, je trouve qu’on sent vraiment cette vibe live et c’est exactement ce qu’on cherchait. Pour le reste, c’était surtout des questions de timing et de ce qui était dispo. Les basses et une partie des guitares ont été enregistrées au Métaphone, à Oignies, qui nous a beaucoup accompagnés pendant deux ans; en résidence, en soutien, même financièrement sur certains projets. Et puis on a aussi enregistré à la Malterie, à Lille, là où on répète. On a fait des prises guitare directement dans la salle de concert, dans notre local. Donc au final, trois lieux différents… mais j’ai l’impression que l’album reste cohérent malgré tout. Et surtout, ça reste une reproduction assez fidèle de ce qu’on voulait en live.
Est-ce qu’il y a eu un obstacle, autre que technique, pendant la création ?
Charly - Euh… Franchement, en termes d’inspiration, j’ai pas l’impression qu’il y ait eu de gros blocages. Le plus compliqué, c’était surtout la disponibilité. On a tous des vies à côté, donc trouver des moments pour bosser ensemble, c’est pas évident. On n’a pas des semaines hyper structurées où tout est prévu à l’avance. Donc ça, c’est un truc qu’on a dû apprendre : s’organiser pour réussir à avancer. Mais à part ça… non, je n'ai pas le souvenir de gros obstacles artistiques.
Pour revenir à la Malterie, vous y faites votre release party le jour de la sortie de l’album. C’était important pour vous de la faire là-bas ?
Alex - Oui, clairement. Déjà, c’est là où on répète. Et puis la Malterie, c’est pas juste une salle : c’est tout un lieu artistique. Il y a des luthiers, des peintres, plein de gens… c’est un vrai écosystème. Et c’est une salle qui a vu passer pas mal de groupes, donc forcément, ça compte. Mais surtout, c’est un endroit où on se sent bien. C’est une salle assez intimiste, avec un bon son, et on a un peu l’impression d’être chez nous. Donc c’était assez logique de faire ça là-bas.
Charly - Oui, c’est un peu la famille. Ça fait longtemps que j’y suis lié, même en dehors du groupe. Je suis ingé son dans la vie, et j’ai bossé là-bas pas mal de fois. Je crois que le premier groupe que j’ai accueilli, c’était Big Business. Donc j’ai de gros souvenirs dans ce lieu. Et puis, l'équipe sur place est géniale. Et là, pour la release, on joue avec Sycomore, Yarostan et Kalyug Citizen : que des groupes qu’on adore. Donc ça va être vraiment cool.
On est sur un deuxième album. On est toujours dans cette découverte de certaines faces de vous, de ce que vous savez faire. Comment voyez vous votre évolution depuis le premier ?
Alex - Déjà, humainement, tu apprends à encore mieux connaître les gens du groupe… à les aimer encore plus, ou les détester un peu plus aussi (rires). Mais surtout, sur le plan créatif, on s’est moins mis de limites. Si on avait envie d’un passage folk, on le faisait. On ne s’est pas posé la question de “ce que les gens vont en penser”. On a vraiment suivi le ressenti. Sur le premier album, c’était peut-être plus cadré. Là, on s’est permis plus de choses. Et puis il y a aussi le son : Nico, notre batteur, a enregistré ce deuxième album, donc ça change aussi. Mais au final, quand tu écoutes les deux, il n’y a pas un fossé énorme non plus.
Charly - Oui, le premier album, c’était un peu une base. On a construit dessus, en gardant ce qu’on aimait. Mais je pense qu’aujourd’hui, on est plus sereins. En tant que groupe, mais aussi sur scène. On a plus de dates derrière nous, plus d’expérience. Et ça joue aussi sur la manière de composer, d’oser certaines choses.
Est-ce qu’il y a une leçon du premier album que vous avez appliquée au second ?
Alex - Si on a envie de mettre une guitare acoustique… on la met.
Charly - (rires) Je pense que… oui, peut-être prendre plus le temps.
Alex - Oui, voilà, ça dépend si on parle musicalement ou organisationnellement.
Charly - En fait, ce qui a changé surtout, c’est l’implication. Entre les deux albums, il s’est passé cinq ans. On avait tous d’autres projets à côté à l’époque. Moi aussi, j’étais dans un autre groupe qui me prenait beaucoup de temps. Et là, aujourd’hui, il y a une implication beaucoup plus forte dans Queen(Ares). On a envie de faire les choses plus sérieusement. Le premier album était peut-être plus instinctif. Là, il y a une vraie volonté de construire quelque chose.
Qu’est-ce que vous voulez que les gens ressentent en écoutant l’album ?
Alex - Je vais dire un truc un peu paradoxal… Une tristesse joyeuse. Parce qu’il y a les paroles, il y a les ambiances… Mais en même temps, je trouve que l’album reste assez ouvert. Il n’est pas complètement oppressant. Moi, ce que j’adore, c’est quand on joue un passage mélodique sur scène… Et que tu vois une personne, juste une, qui est dedans, qui ressent le truc. Là, je me dis que j’ai tout gagné. Parce que c’est un moment où tu ne peux pas pogoter, tu es juste dedans. Et il y a un côté très humain là-dedans.
Charly - Oui, je vois ce qu’il veut dire. Moi, les albums qui me marquent, c’est souvent ceux qui me font du bien, même dans des moments où ça ne va pas. Tu écoutes un disque, tu vas voir un concert… Et tu ressors avec autre chose. Donc si notre album peut avoir cet effet-là, même pour quelques personnes, c’est déjà énorme. C’est peut-être ça, cette “tristesse positive”… Un truc qui te porte, en fait.
On arrive à la dernière question : un message pour les gens qui vous écoutent ?
Alex - Max dit souvent un truc entre les morceaux en live… Il parle de la situation actuelle, politique, sociale… et il dit qu’au final, malgré tout ça, il faut s’aimer les uns les autres. Ça peut paraître un peu kitsch dit comme ça… mais moi, ça me fait rire, et surtout ça me touche. Parce que c’est une forme d’espoir.
Charly - Oui, et puis dans le metal, il y a parfois des images un peu sombres… Mais il ne faut pas oublier que c’est une musique cathartique. Et en concert, tu te retrouves avec plein de gens différents, et tu partages quelque chose ensemble. Il y a une vraie humanité dans ces moments-là. Donc ouais… C’est quoi sa phrase déjà ? “Aimons-nous les uns les autres, il ne nous reste que ça.”
Merci à vous pour le temps que vous nous avez accordé aujourd’hui !
Charly & Alex - Merci à toi !

