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Interview : Eden Bisiot

RED SUN ATACAMA

RED SUN ATACAMA

Août 2026

'Summerchild' : entre riffs, distance et liberté créative

De la composition à distance aux collaborations entre amis, Red Sun Atacama continue de faire évoluer sa recette sans perdre ce qui fait son identité. Rencontré au Motocultor Festival 2026, le groupe nous présente Summerchild, son nouvel album, et revient sur un processus créatif façonné par l’éloignement géographique, les échanges de riffs et une volonté de faire évoluer ses morceaux. L’occasion également de parler de la participation de Laurent, de Clegane sur Passenger, mais aussi de ces dix années d’aventure musicale qui ont permis au trio de trouver son équilibre entre spontanéité et méthode.

Bonjour tout le monde ! On est aujourd’hui avec Red Sun Atacama. Comment allez-vous ?


Red Sun Atacama — Ça va très bien !



Vous avez joué au Motocultor aujourd’hui. Qu’est-ce que vous avez pensé du public et de l’ambiance ?


Vincent — Globalement, c’était blindé. On a eu nos premiers circle pits, donc on est contents !


Clément — Félicitations au public ! Parce que le quatrième jour, à 14 heures, c’est tôt. Et là, c’était vraiment blindé. Donc, vraiment, félicitations à tout le monde !


Robin — Et l’orga était au top ! Tout était fluide et chouette.



La plus grosse actualité vous concernant en ce moment, c’est votre nouvel album, Summerchild. Je voudrais commencer simplement par vous demander ce que signifie ce titre par rapport à l’album.


Clément — Alors, si tu veux, on s’était toujours dit qu’on ne donnerait jamais à un album le nom d’un de ses morceaux. Jamais de Black Sabbath avec Black Sabbath, par exemple. Mais finalement, pour celui-ci, on a fait une petite entorse à la règle.


Au niveau de la narration des morceaux, il y a notamment un titre qui s’appelle Summerchild. Et finalement, comme il y a une sorte de fil conducteur entre les morceaux, avec toujours un personnage -entre guillemets- qui n’est pas nommé, sauf dans ce morceau-là, on s’est dit : “Putain, en fait, c’est l’enfant de l’été qui est au cœur de cet album ! “ Du coup, on a appelé l’album Summerchild.



Et au niveau de votre processus créatif, comment ça se passe ? Est-ce que vous partez plutôt sur une sorte de jam ou est-ce que vous commencez avec une idée ?


Clément — Au niveau du processus créatif, ça passe beaucoup par des échanges de riffs avec Vincent, généralement en amont. Comme on vit tous à distance, on peut beaucoup moins faire de jams qu’à l’époque. Donc, on s’échange des riffs.


À partir de là, je vais monter un squelette avec la basse comme élément conducteur sur les différents morceaux, en m’inspirant de ce qu’on a échangé avec Vince. Ensuite, Vince va créer ses parties de guitare pour les caler dessus, puis Robin va créer ses parties de batterie.


Une fois qu’on est contents, il y a des choses qu’on va rallonger, certains riffs ou certains refrains qui ne fonctionnent pas forcément très bien… On essaie de trouver des passages cools dans les interludes. Enfin voilà, on réagence un peu tout ça.


Une fois qu’on est contents du résultat, on se retrouve pendant deux ou trois jours. Et pendant ces deux ou trois jours, on fait tourner les morceaux jusqu’à ce que la sauce prenne bien.


Vincent — On pourrait dire que c’est la façon moderne de faire. Quand on a commencé le groupe, il y a dix ans, on commençait toutes les répètes par une jam. On voyait où ça nous menait. Parfois, on entendait des trucs qu’on avait envie de garder pour la suite. C’est aussi comme ça qu’on a appris à se connaître et à savoir ce qu’on aimait faire ensemble musicalement.


Du coup, aujourd’hui, c’est un peu plus fluide, malgré la distance, le Covid et tous les obstacles qu’on a rencontrés sur les derniers albums. On se débrouille donc entre l’ancienne méthode et la modernité.


Clément — Et les lignes de voix, les paroles et les thèmes arrivent vraiment en dernier, un peu comme une seconde guitare, en fait, si tu veux. Mais voilà, c’est plus ou moins ça, le processus !



C’est justement là où je voulais en venir, parce que votre précédent album, Darwin, est sorti en 2022. Est-ce que c’est avec le Covid que vous avez appris à travailler à distance ?


Clément — En fait, si tu veux, le Covid a un peu forcé les choses. Pas tellement parce qu’on était tous enfermés chez nous, mais plutôt parce que Robin, qui joue de la batterie sur les deux derniers albums, a déménagé à Bordeaux pendant le Covid. Du coup, on s’est retrouvés un peu à distance, à se demander ce qu’on allait faire : est-ce qu’on continuait ou pas ?


Finalement, je me suis inspiré de ce que font pas mal de groupes. À l’époque, je me souviens avoir souvent pensé à Russian Circles : ils sont tous aux États-Unis, mais chacun dans un fuseau horaire différent. Et ils arrivent quand même à tourner et à faire des albums. Je m’étais donc dit : “Putain, nous aussi, on doit pouvoir y arriver !”


Du coup, Darwin a déjà été composé comme ça, avec Robin à Bordeaux et nous encore à Paris. Ensuite, après l’enregistrement de Darwin, Vincent a déménagé dans le Sud, et Robin encore plus au sud. Moi aussi, j’ai déménagé ailleurs.


Finalement, on se retrouve tous à au moins deux heures de route les uns des autres. Donc, par la force des choses, on a appris à travailler comme ça.


Vincent — On peut travailler sur des vidéos, on a trouvé des outils pour collaborer, et même pour s’échanger des riffs, finalement. Ce n’est pas idéal, ce n’est pas aussi bien que de jammer ensemble, mais on s’est adaptés. Ça aurait été compliqué si on avait commencé comme ça il y a dix ans. Mais le fait qu’on se connaisse bien depuis tout ce temps nous a permis de nous débrouiller et de sortir quand même deux albums depuis.



La création de Darwin a donc été assez complexe. Est-ce que, pour ce nouvel album, vous avez rencontré certaines contraintes ou certains défis ?


Clément — Alors, on s’était fixé des défis. Le premier, c’était d’essayer de faire des morceaux de moins de quatre minutes.


Vincent — C’est raté !


Clément — En vrai, on n’était pas si loin que ça de l’objectif. Finalement, il y a quand même un morceau de neuf minutes sur l’album, l’avant-dernier. Voilà, on ne se refait pas ! Mais c’était un véritable effort qu’on s’était imposé.


Vincent — L’idée, c’était de rendre les morceaux plus efficaces et un peu moins longs.


Clément — Longs, ce n’est pas vraiment le mot : c’est juste qu’on profite du moment ! Mais on s’était dit qu’on allait essayer de faire des morceaux un tout petit peu plus courts.


Parce que typiquement, sur des festivals comme celui-ci, nous, on aime bien jouer pendant une heure et quart. Mais là, on a des créneaux de 40 minutes, parfois même de 35 minutes. Avoir des morceaux plus courts permet donc d’en jouer davantage.


Au Hellfest, par exemple, on avait eu 30 minutes. À l’époque, on n’avait pas encore de morceaux courts, entre guillemets. Ils restent longs pour de la pop, par exemple, mais ils sont plus courts que ce qu’on faisait avant.


Cette fois-ci, on avait 40 minutes, donc on a pu caler pas mal de morceaux. Au Hellfest, comme on n’avait pas encore travaillé sur des formats aussi courts, on s’était retrouvés face à un choix : faire un set de 25 minutes ou un set de 35 minutes.


En fait, on était coincés pour faire une demi-heure. Du coup, on est restés sur 25 minutes.



Je voulais vous poser une question à propos de Passenger. On peut y entendre Laurent, de Clegane. Est-ce que vous étiez déjà amis à la base, ou est-ce que ça s’est fait grâce à ce morceau ?


Vincent — Oui, j’ai joué avec eux pas mal de fois.


Clément — Oui, Clegane, ce sont de très, très bons amis. Guillaume, le guitariste, a même officié à mon mariage ! Donc, on est assez proches.


On se connaît aussi grâce à l’organisation de concerts. Avec ma femme, on avait une structure d’organisation de concerts à Paris, et eux avaient la leur avec sa femme. On avait organisé pas mal de dates ensemble. C’est comme ça qu’on s’est rencontrés, à la base.


Et puis, on adore ce que fait Clegane. On est vraiment de très bons amis. On a fait plusieurs tournées ensemble, parfois à trois ou quatre groupes.


On rejoue ensemble à Lille en septembre. Et moi, j’adore la façon dont Lolo fait ses screams. Ça faisait un an que je lui disais : “On te met sur le prochain album !” Et finalement, quand ça s’est concrétisé, je lui ai dit : “Tu t’en souviens ?” Du coup, il a posé sa voix sur le morceau.


On n’a pas encore eu l’occasion de le jouer ensemble, mais ce sera la première fois là-bas ! Les Lillois, si vous voulez entendre Passenger en version intégrale en live, venez nous voir à la Bulle Café ! Merci !



Si votre album était un film, quel genre de film serait-ce ?


Clément — Waouh ! Mais pourquoi tu poses des questions comme ça ? (rires)


Vincent — Je ne sais pas. Ce ne serait pas Mad Max, parce qu’on n’est pas vraiment dans le stoner… Mais je ne sais pas du tout. On serait la bande originale de…


Robin — Il faut des bagnoles. Un truc avec des voitures !


Clément — Franchement, je vais partir très loin de ça. J’aurais bien dit Fight Club, pour être honnête avec toi. Il y a le côté psychologique, mais en même temps, c’est très rythmé et tout. Je ne sais pas…


Robin — Ce n’est pas un album très sombre, quand même.


Clément — Ah, les thématiques sont sombres, même si l’esthétique ne l’est pas. C’est pour ça que je te dis ça. Mais je ne sais pas… C’est dur comme question ! Il faut prévenir quand il y a des questions comme ça !



Et du coup, ce sera ma dernière question : est-ce que vous avez un message pour les gens qui vous écoutent ?


Vincent — On est extrêmement reconnaissants que vous nous écoutiez en streaming et que vous veniez nous voir en concert. Ça fait dix ans que c’est une belle aventure, avec de plus en plus de gens à bord. Alors, merci à vous !


On espère que vous nous écoutez où que vous soyez, en France, en Europe ou aux États-Unis. Un fois, une personne est venue me voir après un concert à Bordeaux, il y a quelque temps, m’a dit : “Je vous écoute à la salle.” Moi, ça m’a fait plaisir !


Clément — On a fait un beau message plein d’amour ! Merci à tous, et à très vite devant la scène !

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