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Interview : Eden Bisiot

SEVENDUST

SEVENDUST

Mai 2026

Sevendust : “One”, ou l’urgence de rester unis dans un monde qui divise

Avec One, Sevendust signe un album à la fois intime et universel. Porté par des thèmes comme l’unité, la résilience et l’acceptation de soi, le groupe prouve une fois de plus qu’il est capable de transformer ses expériences personnelles en messages qui parlent à tous.


Dans cette interview faite au Zénith de Paris avant leur soutien à Alter Bridge, Lajon Witherspoon revient sur la genèse de cet album, sur l’importance de rester sincère, et sur ce que signifie encore faire du rock aujourd’hui. Entre maturité, émotions brutes et regard lucide sur la vie, Sevendust livre ici un témoignage aussi puissant que touchant.

Bonjour à tous. Nous sommes avec Lajon de Sevendust.
Comment vas-tu ?
Je vais fantastiquement bien. Je me sens très bien. Un peu triste que ce soit la dernière partie de la tournée. Nous avons été très occupés. On n’a pas l’impression que ça fait déjà plus de cinq semaines, mais c’est le cas, et nous étions presque tous les deux jours dans un pays différent. C’est une très belle expérience d’être de retour ici à Paris. C’est comme : wow, je suis vraiment excité.

Et nous sommes ici pour parler d’un sujet important : votre nouvel album à venir. Tout d’abord, One est un titre très fort. J’ai lu que cela venait du fait que vous vous sentiez plus unis que jamais.
Pas seulement ça, mais je pense aussi que le monde doit être plus uni. Et j’espère que cet album pourra aider les gens à comprendre que c’est ce que nous voulons dire. Parce que ce qu’il se passe dehors, c’est tellement fou. C’est vraiment une bouffée d’air frais d’être ici, tu vois ce que je veux dire ?

Oui exactement. Et pourquoi One ? Pourquoi pas United ou Together ?
Tu sais, nous avons plusieurs idées. On a toujours plusieurs noms, mais One semblait être le plus adapté et le plus simple. C’était comme : ils vont comprendre. Ils vont comprendre une fois qu’ils auront écouté l’album. Donc j’espère que tout le monde aimera ça. C’est un mot fort à lui seul.

Absolument. Et est-ce que c’est aussi le message que tu voulais transmettre dans les premières paroles du morceau Unbreakable; “we were meant to be unbreakable, even when we’re at our lowest lows” ?
Oui, oui. C’est une chanson positive. Je pense que nous sommes tous faits pour être incassables, même quand on essaie de nous briser. Je vois toujours la vie comme une ligne avec des obstacles étranges devant nous. Et soit on les escalade, soit on les contourne, soit on les traverse. Mais au final, on passe à travers ; on est incassables.

Et je ressens que cet album oscille entre l’espoir et une certaine colère. Mais une colère positive. Donc pour toi, est-ce une forme de rage de vivre et d’avancer et montrer que le bonheur est en réalité un choix ?
Oh oui. Parce que tu penses à des morceaux comme Is This the Real You?, et puis d’un coup tu te dis qu’il faut essayer de voir le côté positif comme dans Bright Side. Même quand tout va mal, il faut essayer de voir le côté lumineux.

Et c’est ce que j’ai toujours fait dans la vie. Et je pense que cet album s’est construit de manière tellement organique qu’on ne savait même pas qu’il allait raconter cette histoire avant d’en parler avec quelqu’un comme toi. Et là je me suis dit : “oh mince, on n’a même pas fait exprès”, mais ça arrive comme ça. Et c’est ça les meilleures choses en musique pour moi : quand c’est vrai, c’est vrai.

Oui. Et comment est-ce que tu ressens le fait que cet album montre le Sevendust que vous êtes aujourd’hui ?
Oh mon Dieu. J’ai 53 ans et je suis le plus jeune du groupe. Et je pense que cet album montre profondément notre maturité, le fait qu’on n’a pas peur d’écrire sur des choses personnelles, même quand elles ne sont pas faciles. Mais au final, on n’est pas différents des autres. Et on traverse toujours les mêmes choses que tout le monde; la femme qui est en colère contre toi, les enfants qui ont des problèmes, moi qui a des problèmes… c’est tout ça. Heureusement, on peut le mettre sur un disque. Et avec nous, je vois ça comme de l’art. Je vois l’album comme un collage. Et on raconte simplement des histoires que tout le monde vit. On n’est pas différents des autres.

Et est-ce que tu tires ton inspiration uniquement de ces expériences ?
Ces expériences ? Oui. Souvent ce sont des expériences personnelles, mais aussi des choses qui arrivent à tout le monde. Peu importe quoi, je ne peux pas écrire une chanson qui est fausse. Ce que je veux dire, c’est que je ne peux pas écrire sur quelque chose que je ne connais pas. Tu ne me verras pas écrire sur des dragons si je n’en ai jamais vu, tu vois.

Mais ça veut dire que tout vient vraiment d’une grande sincérité, et du fait de montrer ton vrai toi.
Oh absolument. On est obligés. C’est la seule vraie manière de faire. Rien que d’y penser, ça m’émeut. Et chaque soir sur scène pour moi, c’est une montagne russe d’émotions.

Est-ce que la scène metal et rock d’aujourd’hui est une source d’inspiration pour vous ?
Oui. Le rock sera toujours là. Et j’adore le fait qu’on ait la possibilité de continuer à en jouer. Et j’aime pouvoir y apporter de l’âme. Tu vois, je n’ai pas peur de faire ça. Et à ce stade de notre carrière, je ne pense pas qu’on ait besoin d’être le groupe le plus extrême possible, parce qu’on a déjà fait les choses les plus lourdes. Et ça montre, je pense, la maturité du groupe, parce qu’il y a maintenant un côté plus doux chez nous.

Tu sais, on a des enfants. Je pense à ma fille. Elle est prête à obtenir son diplôme, elle a déjà choisi l’université où elle va aller et elle a été acceptée. Et je pense à mes parents qui me disaient : « Tu verras, tes enfants vont te briser le cœur comme tu as brisé le nôtre. » Et je me disais que je ne comprenais pas ce qu’ils voulaient dire. Et puis je comprends finalement ce qu’ils voulaient dire, parce qu’ils grandissent.

J’ai écrit une chanson pour mon projet solo qui s’appelle 18 Summers. C’est parce qu’on était au bord d’un lac, et ma meilleure amie m’a regardé alors que mes enfants étaient assis devant nous. Elle est venue et m’a dit : « Tu sais, tu n’as que 18 étés avec eux. » J’ai répondu : « Pourquoi tu me dis ça ? » Mais ça m’a frappé très fort. Je me suis dit : “tu as totalement raison”.

Bien sûr, ils ne sont pas obligés de partir, mais ils vont partir. Et ça a changé ma vie il y a quelques années. Alors maintenant, j’essaie de m’assurer de passer le plus de temps possible avec eux, de vraiment chérir ce temps, de leur dire à quel point je suis fier d’eux, et à quel point je ne veux pas qu’ils grandissent; mais je dois les laisser grandir. C’est très dur.

Je vois ce que tu veux dire. Ma mère m’a justement parlé de ce sentiment il y a quelques semaines.
Oui, c’est vrai. Tu ne penses jamais à ça comme ça. Je me dis : “Comment ça, je te brise le cœur ?” Et puis tu vois tes enfants et tu te dis : oh mon Dieu… je sais ma mère et mon père… je n’ai jamais arrêté de grandir.”

J’ai eu de la chance. Ma fille n’a pas eu de petit copain. Elle est déjà sortie en rendez-vous et tout ça. Je pense qu’ils ont peur de moi. La dernière fois qu’un garçon est venu la chercher à la maison, je suis sorti. Il est descendu de sa voiture, c’était un joueur de basket d’environ deux mètres dix. Je me suis dit : tu es trop grand pour sortir avec ma fille. Tu as quel âge déjà ?

Et c’était drôle parce qu’avant de sortir, j’ai dit : “Je vais aller le rencontrer.” Et elle m’a dit : “D’accord papa.” Je suis allé dans mon bar et j’avais un magnifique étui de pistolet. Je l’ai mis. Elle m’a dit : “Non, non papa.” J’allais sortir comme ça, genre : “Hey, comment ça va ?” Mais il était très gentil. Il a dit : “Bonjour monsieur. Merci monsieur.” Et je me suis dit : soit c’est un bon garçon, soit il essaie de m’avoir. Donc elle a un peu compris. Il n’est plus là maintenant. Mais j’ai eu beaucoup de chance, elle n’est pas vraiment dans les histoires de garçons. Enfin, elle s’intéresse à eux, mais pas comme ses amies qui ont toutes des petits copains. Et moi je lui dis : “attention, elle sera en train de pleurer le mois prochain en le quittant”. Et elle revient un peu plus tard et me dit : “effectivement papa, ils ne sont plus ensemble”. Et je dis : “tu vois, je te l’avais dit, continue à étudier”.

Et maintenant, elle va obtenir son diplôme avec mention. L’autre jour, sa mère m’a envoyé une photo, et elle a été élue “scholar honor”… comment dire… le titre d’honneur des élèves. Sa toge est violette avec du doré, et elle est la seule de son école à avoir ça. Les professeurs la recommandent. Et je me dis : wow, c’est fou. Elle devient vraiment une jeune fille. Elle est déjà une jeune fille, mais elle devient une vraie jeune femme.

Elle a l’air d’être une jeune femme incroyable.
Oh oui. Mes enfants sont vraiment, vraiment géniaux. Ils sont intelligents. Ils sont bien plus intelligents que moi. Je me dis : “comment tu fais ça ?” Et j’entends : “Papa…” Mon fils a huit ans. Il me dit : “Donne-moi ton téléphone, je vais te montrer comment faire.” Et moi : “ok, merci.”

C’est ça avec les enfants aujourd’hui ! (rires)
Exactement. Je me dis : “mais comment tu sais faire ça ?” (rires)

Pour revenir à l’album, vous avez choisi d’ouvrir cette nouvelle ère avec Is This the Real You?. Selon toi, en quoi ce morceau prépare mieux l’auditeur à l’album que d’autres titres, comme le titre éponyme ou Unbreakable ?
Alors, à la base, ce morceau ne devait pas être sur l’album. Je suis allé dans une des pièces du studio, dans la maison, le manoir, et John n’était pas dans le studio principal mais dans un petit bureau où on avait installé un micro et tout. Il m’a dit : “Mec, écoute ça. On va écouter ce morceau.” On n’avait rien, on était juste assis là à se regarder.

Il m’a dit : “Tu veux essayer de poser un truc dessus ?” J’ai dit : “Lance le morceau.” Aucun texte n’avait été écrit. J’ai commencé comme ça : “Could this be something that we’ve got ourselves in?” Et ça a continué. Je voyais qu’il me regardait, puis je suis arrivé au refrain et il m’a dit : “C’est ça. C’est tout ce qu’il nous faut.” Il a dit : “On va faire écouter ça à Elvis.”

Et tout de suite, Elvis a dit : “Oh mon Dieu. Je pense que c’est un single.” Et ça, c’est vraiment le genre de moment magique. Je trouve que ça montre une bonne facette de Sevendust, avec à la fois le côté heavy et le côté soulful. Il y a toujours ce groove dedans. J’en suis très fier.

Je suis très fier de tout l’album, mais je suis content que ce morceau ait un clip. J’adore aussi le clip, avec Tim qui a trouvé ce concept, le mouvement de la main et ce zoom dans l’objectif. C’est fun et c’est super à jouer.

Et j’ai hâte de jouer davantage de nouveaux morceaux de l’album. Souvent, j’ai l’impression que certains titres passent à la trappe si tu n’es pas un fan qui creuse vraiment. Mais je pense que si tu écoutes l’album du début à la fin, tu comprendras vraiment le parcours qu’on a traversé.

C’est magnifique ! Donc vous terminez l’album avec Misdirection.
J’adore entendre John. C’est tellement drôle de le voir chanter, mais le résultat est parfait. Et c’est une chanson très personnelle. J’ai toujours dit : ce serait idiot et égoïste de ma part de penser que tout doit venir du point de vue d’une seule personne, de moi en tant que chanteur, alors qu’on a tous traversé la vie ensemble.

La plupart du temps, dans les moments difficiles, qui est là ? Nous. Donc on se comprend vraiment. Et je pense que c’est une très belle chose de faire partie d’un groupe comme ça.

Et aussi, pour tous les jeunes qui pourraient en tirer quelque chose : ce qui a permis à notre groupe de durer aussi longtemps, c’est qu’on partage tout de manière égale, comme on se traite les uns les autres de manière égale. Il n’y a pas une personne qui roule à vélo pendant qu’une autre a une Ferrari, tu vois ce que je veux dire ? Tout est équilibré. Et je pense que ça aide aussi à maintenir le groupe, parce que chacun arrive avec sa contribution, et ça te pousse aussi à travailler plus dur.

Je trouve que c’est vraiment intéressant à entendre. Et j’ai l’impression que c’est un peu un conseil que tu donnes. Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui débute dans l’industrie musicale ?
Être sincère, rester authentique. Souvent -en fait, à chaque fois- tu n’as pas besoin d’avoir la meilleure voix du monde en tant que chanteur, tant que tu as de la conviction. Tu vois ce que je veux dire ? Tant que tu le ressens vraiment, les gens vont le ressentir aussi.

Donc voilà ce que je dirais : continue de bosser, joue autant que possible, et sois toi-même, sois vrai. C’est vraiment le conseil le plus sincère que je peux donner. Et n’abandonne jamais. La musique est une guérisseuse, c’est quelque chose de magnifique. Parfois, c’est difficile, mais tant que tu continues, tu y arriveras.

Sur une échelle de 1 à 10, à quel point tu penses que Paris va être chaud ce soir ?
Oh, je ne sais pas, bonne question. Parce que ça fait 15 ans qu’on n’est pas venus ici. Donc j’espère que ce sera l’un des meilleurs concerts. Tu sais, quand tu reviens quelque part après longtemps, tu te poses des questions, genre : “Ils ne nous aiment peut-être plus.” Mais honnêtement, ça a été une expérience incroyable. Donc Paris ce soir… j’espère leur donner un 10. Il va y avoir une super énergie. Et s’ils nous donnent un 7, ils donneront un 10 à Alter Bridge, donc au final tout s’équilibrera.

Merci de nous avoir accordé un peu de temps aujourd’hui !
Merci !

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