Aujourd’hui, difficile d’imaginer la scène metal française sans lui. Et pourtant, en 2007, le festival démarrait devant à peine 200 personnes, porté par une idée simple… et beaucoup de doutes.
Entre les débuts bricolés, les obstacles, les décisions prises dans l’urgence et une évolution qui s’est faite sans jamais vraiment suivre un plan, le Motocultor s’est construit année après année, presque contre toute logique.
On a rencontré Yann Le Baraillec, son fondateur, pour revenir sur ce parcours hors norme. Une discussion sincère, sans filtre, sur la réalité derrière le festival : les galères, les choix, la scène metal aujourd’hui… et tout ce qui reste encore à construire.
Bonjour à tous. On est aujourd’hui avec Yann Le Baraillec ! Comment vas-tu ?
Bonjour à toi, je vais très bien.
Ravie de te rencontrer.
Ravi.
Le Motocultor, donc, festival qui existe quand même depuis 2007. Un festival qui comptait, au démarrage, 200 personnes. C’est juste énorme de se dire 200 personnes à l’époque contre 62 500 l’année dernière. C’est incroyable, c’est un essor formidable. Comment on vit ça ? Comment on se dit, aujourd’hui, j’ai 62 500 personnes ? Il y a un chemin incroyable, bien sûr, presque 20 ans, mais quand même, comment on vit ce truc ?
C’est vrai que l’année dernière, j’ai apprécié de voir le concert de Machine Head avec les deux scènes principales côte à côte, où il y avait Machine Head et plein de monde devant. Et je me suis dit : waouh, c’est une belle évolution. J’ai un peu profité du concert, je regardais surtout le public et le groupe, et j’étais en mode… Ah ouais. J’ai pas vraiment les mots, en fait. J’ai encore du mal à prendre du recul là-dessus.
Donc toujours avec autant de bonheur, autant de plaisir ?
Ah oui, il y a encore plein de motivation, plein d’idées, des perspectives d’évolution. C’est fabuleux.
Et d’où est venue cette passion pour le rock et le métal, et cette idée du Motocultor ?
À la base, quand j’étais ado, j’ai appris à jouer de la guitare. J’avais une tante musicienne qui donnait des cours d’accordéon, et mon cousin, lui, s’était mis à la batterie. Ça m’a donné envie de jouer d’un instrument pour pouvoir jouer avec lui. J’écoutais plutôt du rock, donc je me suis dit : tiens, je vais faire de la guitare pour jouer avec lui. Au départ, je voulais faire de la batterie, mais je me suis dit qu’on n’allait pas trop jouer ensemble si on faisait tous les deux de la batterie. Donc j’ai essayé la guitare, et ça m’a plu.
Après, à l’adolescence, on a essayé de monter des groupes de composition, mais ça n’a pas trop marché, donc j’ai arrêté. Lui, par contre, s’est mis dans le métal. Comme c’est mon cousin, j’allais le voir répéter tous les week-ends quand j’avais 18 ans et qu’il avait monté un groupe de métal. Il n’y avait pas encore de chanteur, mais j’allais les voir répéter, et c’est comme ça que j’ai découvert plein de groupes à travers eux, le groupe Synopsys notamment. Ils faisaient des reprises de Metallica, Pantera, Devin Townsend, Iron Maiden, Megadeth, Dream Theater… plein de choses.
Du coup, j’ai découvert tous ces groupes-là à travers eux. Parfois, en soirée, j’entendais les versions originales et je me disais : “Ah mais tiens, c’est ça !” Je ne connaissais pas du tout au départ. En fait, j’ai découvert tout ça en live, en voyant des gens jouer super bien ces morceaux.
Ensuite, ils ont trouvé un chanteur, et là, ça m’a encore plus accroché. Ça m’a redonné envie de faire de la musique. Moi, j’étais plutôt rock à la base, mais à force de passer du temps dans ce milieu, pendant trois ans, avec des gens qui écoutaient du métal et en allant aux répétitions, ça m’a vraiment replongé dedans.
J’ai trouvé des musiciens : le chanteur, c’était le frère du chanteur de Synopsys, le bassiste était le voisin du guitariste du même groupe… et j’ai demandé à mon cousin de monter un groupe ensemble. Il jouait déjà dans un groupe, mais je lui ai dit : “Tu peux bien en faire deux.” Et on a monté un deuxième groupe.
C’était plus du métal influencé rock, ou du rock-metal progressif, je ne sais pas trop comment définir ça. Et c’est comme ça que je me suis vraiment mis au métal. Par exemple, Devin Townsend faisait partie des artistes à écouter absolument. Le chanteur de Synopsys, qui est devenu celui de mon groupe, en écoutait énormément. Moi, au début, je ne comprenais pas trop, mais j’aimais bien certaines choses, notamment les basses qui claquent.
Surtout que Devin Townsend a plusieurs projets, plusieurs formations aussi.
Là, c’étaient surtout ses albums solo que j’essayais d’écouter, mais je n’accrochais pas trop au début. À l’adolescence, j’étais à fond sur Rage Against the Machine ou sur l’album One Hot Minute des Red Hot Chili Peppers, qui avait un côté un peu metal avec une basse très slap.
Pendant des années, j’aimais tout ce qui était slap, les basses bien mises en avant. Du coup, je ne comprenais pas : eux écoutaient du metal comme Metallica ou Devin Townsend, où la basse est plus en retrait, plus intégrée dans le mix… et moi je me disais : “Mais la basse est nulle là-dedans !” Je ne comprenais pas pourquoi ils écoutaient ça.
À un moment donné, je me suis mis à écouter Devin Townsend en boucle quand je révisais pour le bac. Je l’écoutais en boucle, et je ne sais pas pourquoi, à un moment, je suis entré dans le délire Devin Townsend. Et là, j’ai commencé à comprendre.
Pour Metallica, ça m’a pris encore plus de temps. J’aimais bien quand mes potes jouaient leurs morceaux, mais en album, je n’accrochais pas tant que ça. Par exemple, Enter Sandman, je pouvais essayer de le jouer à la guitare, mais sans forcément écouter tout l’album. En 2003, je suis allé voir Metallica à Paris, je ne sais plus si c’était à Bercy à l’époque, avec Godsmack en première partie. Je crois que c’était peut-être leur seule date en France, je ne suis pas sûr. Mais c’était incroyable.
Dès les dix premières secondes, j’ai compris. J’ai oublié Godsmack, alors que c’était un super concert aussi. Là, j’ai compris l’énergie du metal. Et après ça, quand je réécoutais les albums de Metallica, j’aimais vraiment bien. Il m’a fallu les voir en live pour comprendre. J’ai mis du temps.
C’est souvent ça, oui. Ça définit plutôt bien le metal. C’est en live qu’on découvre le mieux les groupes, et qu’on tombe amoureux.
Quand j’étais beaucoup plus jeune, entre 10 et 14 ans, j’écoutais un peu de tout, même de la dance, des compils, je me rappelle. J’écoutais surtout Europe, j’aimais bien AC/DC, Bon Jovi, Deep Purple, les “vieux” groupes, et Queen. Je crois que c’est ce que j’ai écouté très jeune et tout le temps.
Il y a un véritable essor du metal en ce moment, notamment en France. À ton avis, comment tu définis ça ? On sent une vraie vague qui prend de l’ampleur.
Ça prend de l’ampleur, oui. C’est vrai qu’il y a de plus en plus de festivals, ça pullule même. Il y a des festivals metal maintenant un peu partout en France, et c’est super cool. Au niveau des groupes, il y en a un peu plus aussi, avec certains qui commencent à vraiment percer. Il y a un petit renouvellement, mais ça pourrait aller encore plus loin. Après, pour que ça prenne encore plus d’ampleur, il faudrait qu’à un moment donné, il y ait du metal à la télé. On n’y est pas encore. De base, la France n’est pas un territoire très tourné vers ces musiques-là, moins ancré dans le rock, donc encore moins dans le metal.
Aux États-Unis, par exemple, tu as autant de rap, de pop, de metal… c’est beaucoup plus ouvert. Dans les pays anglo-saxons de manière générale, ça circule plus facilement. En France, on reste beaucoup sur la chanson française, le rap, et peut-être pour les plus jeunes, la techno. Mais le metal, ça reste plus difficile. Et puis le renouvellement par les jeunes ne se fait pas encore assez. Il y a un travail à faire. Mais si un jour ça passait davantage à la télé ou à la radio, il y aurait forcément un essor encore plus fort.
Le Motocultor essaie vraiment de mettre en avant les groupes français. De ce que j’ai vu, l’an dernier, il y avait une trentaine de groupes français sur les 110 programmés. Pourquoi cette envie de les mettre autant en avant ? Par exemple, l’an dernier, il y avait Landmvrks qui était en pleine montée. Cette année, il y a Ashen et plein d’autres. Pourquoi cette volonté ?
L’idée, c’est assez simple : il y a une scène metal française, donc c’est normal qu’on la mette en avant. Après, il y a aussi des groupes qui viennent de Bretagne, ce sont des groupes émergents. On est un festival breton, donc si on n’aide pas les groupes du coin, ce n’est pas normal. Je pense que c’est un rôle que doivent avoir les festivals, surtout quand on est le principal festival metal en Bretagne.
Du coup, c’est une bonne vitrine pour eux, une vraie opportunité d’avoir de la visibilité en jouant au Motocultor. Nous, on est contents de programmer directement des groupes. On a arrêté de faire des tremplins : c’est bien, mais c’est très chronophage, et souvent, ce sont toujours les mêmes groupes qui postulent. Et parfois, les bons groupes ne postulent même plus.
Donc on a arrêté, et maintenant on programme directement en fonction du bouche-à-oreille ou des groupes qu’on a eu l’occasion de voir. Le problème, c’est qu’il n’y a pas assez de place pour tous les groupes qu’on aimerait programmer. Donc on en programme quand même pas mal de Bretagne et des Pays de la Loire, et parfois quelques autres groupes.
Mais forcément, plus ils sont loin, plus c’est compliqué, parce qu’on a moins d’occasions de les voir. Du coup, là, ça fonctionne surtout au bouche-à-oreille. Et s’il n’y a pas un gros bouche-à-oreille, c’est plus difficile. Après, il y a aussi des artistes bretons qui sont plus ancrés dans la culture traditionnelle. On a la chance d’être sur un territoire culturellement très marqué, donc de temps en temps, quand ça a du sens, on les programme aussi.
Par exemple cette année, on fait Celkilt x Bagad Ar Meilhoù Glaz Quimper. C’est typiquement le genre de projet qu’on pourrait voir au Festival Interceltique de Lorient, mais qu’on propose aussi au Motocultor. Et eux trouvent ça plus fun de jouer dans ce contexte-là. C’est complémentaire, en fait. Il y a une vraie cohérence à les programmer ici aussi, même si ça pourrait exister dans d’autres festivals.
Il y a aussi Brieg Guerveno. Ça fait une journée entière, le jeudi, avec trois artistes de la scène bretonne. Et il y a un quatrième groupe breton ce jour-là : Moundrag et Komodor, qui fusionnent pour un projet commun, Komodrag & The Moundodor. On avait déjà programmé ces groupes séparément en 2023 et 2024, et là, deux ans après, on refait le combo des deux. Et je pense que ça va être assez fou.
Là, on est sur quelque chose de très années 60. Ce sont des groupes qui viennent de la même ville, avec une esthétique proche mais des formations différentes :
l’un est plus guitare / basse / batterie classique, l’autre est batterie / orgue. Et quand ils jouent ensemble en “super groupe”, ça donne un truc vraiment cool.
C’est génial. De toute façon, il y a un véritable impact dans le fait de travailler localement comme ça. On remarque qu’il y a des dynamiques locales fortes, vous essayez de garder cet ancrage et de le valoriser. Je pense qu’il y a aussi un vrai impact économique, notamment en termes de tourisme pour la ville. Au final, tout le monde doit être gagnant.
Ah oui, complètement. À la mairie de Carhaix-Plouguer, ils sont très contents d’avoir accueilli un deuxième festival. Il y a déjà les Vieilles Charrues, qui est un festival mythique. Et nous, on est dans un style différent, plus complémentaire. Et surtout, les personnes qui sont aujourd’hui à la tête de la mairie, au conseil municipal, ce sont les fondateurs. Le maire est l’un des cofondateurs des Vieilles Charrues. Donc beaucoup de gens dans leur équipe ont fait partie des équipes du festival, notamment dans les années 2000.
Du coup, ils savent ce que ça représente d’accueillir des événements comme ça. Il y a une vraie culture du festival à Carhaix, dans la communauté de communes, dans le territoire. Et même à l’échelle du département du Finistère, ça se ressent. Avant, on était dans le Morbihan. Et je ne me rendais pas forcément compte de la différence. C’était très bien aussi, c’est là où j’habite, il y a des événements, c’est cool.
Mais quand on me disait que le Finistère était une terre de festivals, je pensais que c’était comme dans le Morbihan. Et en fait, maintenant qu’on a déménagé, je comprends vraiment la différence. Il y a un état d’esprit complètement différent. Les entreprises locales sont beaucoup plus nombreuses à vouloir devenir partenaires du festival. Il y a aussi plus de gens du coin qui veulent être bénévoles, alors qu’il y a déjà énormément de festivals tous les week-ends.
Dans le Morbihan, ce n’est pas pareil. Il y a moins de demandes, moins cette culture-là. Et je ne m’en rendais pas compte parce que j’y ai toujours vécu, depuis l’âge de 9 ans jusqu’à aujourd’hui. En réalité, c’est un territoire où les festivals existent, c’est cool, mais le Finistère, c’est encore autre chose.
Tu parlais de la demande locale à Carhaix-Plouguer. L’année dernière, il y avait aussi certaines invitations et facilités pour les riverains. Est-ce que ce sera encore le cas cette année ?
Depuis qu’on fait des éditions en plein air, depuis 2010, on invite toujours les riverains. On fait du bruit, donc c’est la moindre des choses de leur permettre de venir faire la fête avec nous. Ou au moins de leur offrir une forme de compensation, qu’ils puissent en profiter s’ils le souhaitent, ou passer du temps ailleurs s’ils préfèrent. C’est un compromis : on génère des nuisances sonores pendant quatre jours, donc on trouve ça normal. On a toujours fait ça depuis 2010.
Après, c’est vrai que les Vieilles Charrues ne le faisaient pas. Moi, je ne savais même pas qu’ils ne le faisaient pas. Donc quand on est arrivés à Carhaix, pour nous, c’était une évidence, presque une formalité. À un moment, on l’a simplement mentionné, avec d’autres informations, et ça s’est retrouvé en titre : “invitations pour les riverains”. Et là, quelqu’un m’a dit : “Tu te rends compte que ça peut poser problème ?” J’étais un peu surpris.
En fait, ça a créé une comparaison avec les Vieilles Charrues, qui, eux, ne le font pas. Mais leur public est beaucoup plus large, plus généraliste. Ce sont des gens qui pourraient potentiellement acheter des billets, même sans invitation. Alors que pour nous, il y a aussi ce facteur : les riverains ne viendraient pas forcément, même sans nuisances, parce qu’ils n’écoutent pas forcément du metal.
Je comprends donc leur position. Mais eux ne l’ont jamais fait, alors que nous, on a toujours fonctionné comme ça. Et c’est vrai qu’en 2023, ça a pris plus d’ampleur, sans qu’on anticipe que ça puisse mettre les Vieilles Charrues dans une situation un peu délicate.
Alors, pendant la conférence de clôture l’année passée, il y avait eu une discussion sur l’amélioration des conditions au camping. Est-ce que ce sont des choses qui ont été mises en place ?
Oui. Cette année, on a travaillé là-dessus. Le camping était un peu trop dense, les gens étaient assez compressés. Et en parallèle, le site concert était aussi un peu serré au niveau des deux scènes. Du coup, on a pris une décision : la zone de camping qui donnait directement sur les deux scènes en plein air l’année dernière va être déplacée ailleurs. Ça va nous permettre de libérer de l’espace côté concert, d’avoir plus de profondeur devant les scènes et donc plus de confort pour le public. Ça va vraiment aérer cette partie-là du site.
Et côté camping, on a une extension supplémentaire, ce qui va permettre d’offrir plus d’espace aux festivaliers. Ils seront moins serrés, ce qui est quand même un point important. Après, il y a aussi une autre problématique : le renouvellement du public. Il n’y en a pas assez, malheureusement. On essaie, il y a sûrement un petit renouvellement, mais pas suffisant pour le moment. J’espère que de nouveaux groupes vont émerger et attirer un public plus jeune.
L’âge médian a beaucoup augmenté. La première fois qu’on a fait une étude, en 2017, on était à 29 ans. Aujourd’hui, on est à 36 ans. Ça vieillit. Et ça ne se renouvelle pas assez. Moi, j’aimerais qu’on reste autour de 29 ans, parce que ça voudrait dire qu’il y a du renouvellement. Mais ce n’est pas le cas pour l’instant.
Du coup, pour s’adapter, on propose aussi un camping un peu aménagé, avec des tipis, pour offrir plus de confort. On s’adapte à un public un peu plus âgé. Parce que les tentes classiques, au bout d’un moment, ça fait mal au dos. Pour une nuit ça passe, mais pour quatre jours, c’est plus compliqué. Avec les tipis, c’est un peu plus confortable. On teste ça, et ça fonctionne bien. Et puis on a de la chance d’être sur un territoire comme Carhaix-Plouguer, qui accueille les Vieilles Charrues depuis la fin des années 90. Il y a une vraie culture de l’accueil des festivaliers.
Du coup, naturellement, il y a des habitants qui proposent de l’hébergement chez eux. Ça s’est mis en place assez facilement. On a eu des appels, que ce soit de la mairie ou de l’office de tourisme, pour organiser ça. Pour eux, c’est évident. Il y a un fichier, les gens s’inscrivent, ils sont contents d’accueillir. Ça leur apporte aussi un revenu supplémentaire. Et pour les festivaliers, ce n’est pas très loin du site, donc c’est une alternative intéressante. Dormir chez l’habitant, c’est quand même pas mal aussi.
Alors, on parle justement de ce déplacement, parce que vous êtes aujourd’hui à Carhaix-Plouguer, mais ça n’a pas toujours été le cas. En 2009, il y a eu un souci, avec une annulation ou une version plus légère du festival. Il me semble que c’était lié à un problème de réputation de groupe ?
Alors non, pas du tout. Ce n’était pas un problème de réputation de groupe, c’est un prétexte bidon. En réalité, en 2009, on devait organiser le festival sur le site des éditions 2007-2008, en salle. On avait déjà fait plusieurs réunions avec la mairie. L’idée, c’était de refaire une édition dans le même format que les premières, avant de faire évoluer le festival.
On avait fait une première réunion très en amont, puis une deuxième en avril, quelques mois avant le festival. À l’époque, on parlait d’un événement pour quelques centaines de personnes sur un ou deux soirs. Et à la fin de cette réunion, l’adjoint à la culture de la mairie de Saint-Avé me dit, au moment de se dire au revoir, que finalement ça ne va pas être possible : il y a des travaux qui vont durer un ou deux ans. Sauf que ça faisait déjà cinq mois qu’on travaillait sur cette édition.
On n’a pas voulu annuler. On aurait pu dire “on revient en 2010”, mais on avait déjà la programmation, beaucoup de choses étaient prêtes. Donc on a décidé de chercher une autre solution. On a regardé dans les communes autour. Il y avait une commune qui accueillait déjà un festival en plein air au mois de mai. On s’est dit que ça pouvait être une solution temporaire, et aussi une opportunité de tester un format plein air, même si, à la base, on voulait attendre avant de faire ça.
Notre objectif à terme, c’était d’aller à Kerboulard à Saint-Nolff, mais là, c’était une solution de secours. Cette commune avait déjà les infrastructures et l’habitude d’accueillir un festival, donc on s’est dit que ça pourrait être plus simple d’obtenir un accord. Avant même de contacter la mairie, je suis allé voir le président de l’association qui organisait le festival sur place, pour éviter les conflits. Il m’a dit qu’il n’y avait aucun problème.
Ensuite, j’ai contacté la mairie. En réalité, lui pensait que ça ne poserait pas de problème parce qu’il était persuadé que la mairie refuserait. Mais en fait, la mairie a accepté. L’adjoint à la culture, à l’époque, avait été moniteur de musique quand j’étais au lycée, donc on se connaissait. Quelques jours plus tard, lors d’un bureau municipal, ils ont voté oui. En quelques jours, c’était réglé.
Ils nous ont dit : “On accepte pour cette année, pour vous dépanner, mais on ne garantit pas que ce sera possible tous les ans.” Par contre, il y avait des membres de l’association du festival local qui étaient aussi élus municipaux, et qui n’étaient pas présents au moment du vote. Ensuite, ils ont essayé à plusieurs reprises de bloquer le projet.
Ils ont tenté une dernière fois juste avant l’été, lors d’un conseil municipal, en mettant en avant un argument autour du groupe Hanzel und Gretyl, en disant que c’était un groupe nazi, en se basant sur une image avec un casque prussien. Sauf que non. Il y avait juste un casque prussien. Dans l’indus, il y a souvent une esthétique militaire, ce n’est pas politique.
Ils avaient pris un clip hors contexte, probablement trouvé sur un forum où quelqu’un se demandait si le groupe était nazi. Ce n’étaient même pas les chanteurs sur la vidéo, mais le batteur. Alors qu’en réalité, c’est un groupe new-yorkais qui utilise simplement des paroles en allemand, avec des thématiques parfois absurdes ou décalées, comme des nazis dans l’espace… mais sans aucun fond politique. C’était juste de l’indus, avec une esthétique particulière, mais rien de sérieux derrière.
Donc, je disais : le festival a vu le jour en 2007.
Qu’est-ce que vous diriez aujourd’hui à votre vous de 2007 si vous pouviez lui parler ? Un conseil, un “accroche-toi, ça va marcher” ?
Je ne lui dirais rien.
(rires)
Non, vraiment, je ne lui dirais rien. S’il pense déjà qu’il galère, ça pourrait le décourager. À l’époque, tout le monde me disait de ne pas faire le festival. Mes parents, mes amis… tout le monde me disait d’arrêter, que c’était trop compliqué. Les premières éditions en plein air, notamment en 2008, ont été très dures.
Et puis, à un moment donné, mes proches ont compris que je n’allais pas arrêter. Alors ils ont changé de posture : au lieu de me dire d’arrêter, ils ont commencé à m’aider et à m’encourager. Donc si je disais à mon moi de 2007 que ça va être difficile, ça risquerait de le décourager. Et si je lui disais que ça va marcher, peut-être qu’il ne ferait pas les choses de la même manière. Donc je préfère ne rien lui dire du tout.
Mais du coup, l’année prochaine, ça fera 20 ans pour le Motocultor. Est-ce qu’une édition spéciale est prévue pour cet anniversaire ? Ou on n’en parle pas pour l’instant.
J’aimerais bien faire quelque chose, peut-être un hommage pour raconter comment le festival s’est construit. Mais je ne sais pas encore si c’est réaliste, ou si ce que j’imagine est faisable. On verra.
Le festival lui-même n’était pas vraiment “réaliste” il y a 20 ans… et pourtant !
Oui, mais là, ce n’est pas une question de faisabilité. C’est plutôt : est-ce que ça va intéresser les gens ? Comment raconter cette histoire, comment la mettre en forme ? Il faut que ce soit intéressant pour le public aussi. Donc on verra.
On a hâte de voir ça. Merci beaucoup pour le temps que tu nous as accordé aujourd’hui, et on se retrouve au Motocultor !
Merci beaucoup.

