Chaos organisé et communion pour le show parisien de Dropkick Murphys
- Anaïs Schacher
- 15 déc. 2025
- 3 min de lecture
Il y a des soirs où un concert ressemble moins à une date de tournée qu’à un rituel de clôture. Celui-ci en faisait partie. Pour leur dernier show, les Dropkick Murphys avaient choisi Paris - ou plutôt, Paris s’était imposé à eux, comme un endroit où l’on finit ce qu’on a commencé. Derrière la scène, un gigantesque écran, déroulant visuels et détails en haute définition, transformant chaque morceau en tableau mouvant.
photo : Marine Russo / @shotsofchaos
Dès le premier titre, le décor est planté : le frontman Ken Casey reste un long moment accroché à la barrière, serrant des mains comme on prend un bain de foule pour mieux respirer. À partir de là, l’ambiance ne redescendra plus. La salle entière est en état de communion. Au fil du concert, les avancées installées devant les crash-barrières deviennent un terrain de jeu géant : les musiciens y circulent sans cesse, et le chanteur lui-même aide les slammeurs à atteindre la foule.

« C’est le dernier show de la tournée et on n’aurait pas pu vouloir un autre endroit que Paris pour ce final », lâche-t-il, comme une évidence plus que comme un discours.
Sur First Class Loser, l’écran arrière affiche Donald Trump dans plusieurs situations. La réaction est instantanée : huées, clameurs, éclats. Et quand Emmanuel Macron apparaît à ses côtés, lui serrant la main avec un grand sourire, la fosse reprend de plus belle, dans un
mélange de sifflets et de jubilation.
Plus tard, dans un geste mi-provocateur mi-poétique, il jette une édition de leur dernier vinyle dans le public avec un « fuck Spotify, let’s listen to music the old way », rappelant que le rapport au son est aussi une fidélité aux objets.
Il y a aussi ces moments suspendus que seul un live peut proposer : un enfant du public hissé sur scène, un hoodie offert et passé directement par le chanteur, geste presque paternel au milieu du tumulte. Un peu plus loin, assise en retrait sur le côté, sa mère à lui, présente pour la première fois à l’un de ses concerts français, observe la scène avec un calme tendre.

La setlist alterne entre titres calmes et morceaux très dansants, avec des pics d’hystérie sur The Boys Are Back et Johnny I Hardly Knew Ya. Par moments, les écrans affichent les paroles des refrains, transformant toute l’arena en karaoké géant.

Et puis arrive Rose Tattoo. Une spectatrice, repérée pour avoir lancé la construction d’une tour d’écocups géante avant le concert, est invitée sur scène avec deux autres personnes. Le groupe demande alors à la fosse d’envoyer des gobelets pour qu’elle puisse recommencer son œuvre en direct. Ce qui suit ressemble à une scène de chaos organisé : une véritable pluie de verres s’abat sur la scène, laissant même le groupe et son équipe bouche bée devant la masse de projectiles qui arrive de toutes parts.
Le show se termine avec un immense circle pit, une dernière explosion avant l’extinction des lumières. Un point final sec, vibrant, avant que la salle ne se rallume au son de Johnny I Hardly Knew Ya.
Une dernière date de tournée comme on en a rarement vu : sans distance, sans retenue, sans artifice. Juste la musique, le public, et cette proximité palpable qui a fait battre le cœur du concert. Mais à la hauteur de ce que Dropkick Murphys propose sur scène depuis tant d'années.






















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